Beaucoup plus importantes que lors du précédent conflit les destructions de la seconde guerre mondiale touchent l'ensemble du pays, victime d'une destruction massive de l'immobilier mais aussi des infrastructures et industries aggravé par une situation de pénurie. Cependant, la France connaît alors une expansion économique, un rajeunissement de la société ainsi qu'un développement de la consommation faisant pressentir une naissance nouvelle où même si la tentation de reconstruire à l'identique domine parmi les sinistrés, le Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme (MRU), créé en 1944, veut se saisir de cette opportunité pour procéder à des expérimentations architecturales et techniques. Au fond, sous influence du fordisme et de l'idéologie moderniste fonctionnaliste et hygiéniste initiée par Gropius ou Le Corbusier, tous sont rapidement persuadés que « seule l'industrialisation permettra de construire mieux, plus vite et moins cher » ; « Pour répondre aux besoins d'aujourd'hui et de demain, il est besoin de répondre scientifiquement avec les moyens les plus poussés ». Pour Walter Gropius, « construire c'est organiser des processus vitaux. La majorité des individus a des besoins semblables. Il est donc logique --et c'est aller dans le sens d'une démarche économique- de satisfaire de manière homogène et semblable les besoins similaires du public. » En 1918, la question urbaine était très restreinte, il s'agissait plus d'une volonté de restitution de ce qui avait été détruit que d'une réelle reconstruction qui induirait modernisation et amélioration. Tandis que les débuts de la reconstruction sous le régime de Vichy se montre favorable à une reconstruction de type historique régionaliste dite « a l'identique », à partir de 1945, une volonté de rationalisation et modernisation d'abord raisonnable s'affirme et enfin s'affiche. C'est dépendamment de ces trois options urbaines et architecturales dites « à l'identique », « raisonnable » ou « moderne » que se développeront les techniques nouvelles de construction ainsi que l'utilisation de matériaux modernes, les progrès techniques et les formes de l'architecture s'influençant respectivement.
Une première typologie de reconstruction affirme la volonté de retrouver dans la ville reconstruite sa silhouette originelle induisant un respect du tissus historique dans son ensemble et le recours à des formes et matériaux locaux. Une seconde résolument moderniste faisant la part belle au béton, voudrait faire table rase du passé, rationalisant les tracés à la faveur d'une ville entièrement planifiée, unifiée et régulée architecturalement et urbanistiquement parlant. En réalité, conformément à la position de l'administration favorisant une recherche de « solutions nouvelles tout en évitant de rompre avec une réalité et des habitudes » (cf. la profession d'architecte et le contrôle architectural -- Hélène Sanyas), la reconstruction s'est le plus souvent située sur un axe médian entre ces deux pôles tendant à adapter la ville à ses confrontations modernes tout en évitant une rupture trop radicale avec le passé.
Ainsi, Saint-Malo, considéré comme un exemple de ville reconstruite à l'identique a malgré tout subi de fortes modifications malgré le respect de la typologie générale de la ville « presque aucune rue ou impasse ne subsistant à leur ancien emplacement excepté les quais et les remparts » précise Joe Nasr. De plus, très peu de bâtiments ont été sauvegardés et, si les matériaux utilisés pour les façades (le granit), les volumes et les hauteurs des habitations ont été généralement conservées, une unification et normalisation du bâti par l'utilisation d'une préfabrication légère au niveau des fenêtres notamment est manifeste. De même, la ville de Caen pour laquelle l'option conservatrice revendiquée par les sinistrés n'empêche pas une association de la construction en béton et préfabrication légère à l'utilisation apparente de matériaux locaux traditionnels. Si la silhouette locale est conservée par certains éléments de caractère ainsi qu'un plan urbain classique, apparaît une régularité et homogénéité dans la construction alliée dans le cas présent à l'intrusion d'une nouvelle typologie d'immeubles de sept étages disposés en peigne. Ce compromis plus ou moins revendiqué est d'autant plus visible pour des villes telles qu'Orléans ou Maubeuge pour lesquelles il s'agit de conserver certaines traces de l'histoire et parties du tissu urbain tout en expérimentant une standardisation et une préfabrication plus lourde, économique et néanmoins esthétique, qui devra conférer à ces villes une unité et harmonie dans le bâti. Ainsi, chargé de dresser un plan d'aménagement de la ville de Maubeuge, l'architecte urbaniste André Lurçat élabora en collaboration avec les sinistrés et la municipalité sous un principe d' « action concertée » un plan de conception hardie mais restant à l'échelle humaine. Un des principaux aspects novateurs de l'expérience de Lurçat à Maubeuge comme pour Perret au Havre, réside dans la recherche de standards et dans l'utilisation de la préfabrication. Il s'agit d'utiliser des techniques de construction et des matériaux permettant une réalisation immédiate, à savoir, pour le gros œuvre une main d'œuvre locale et des matériaux régionaux. Les murs d'élévation furent réalisés en brique et les planchers en béton armé. Pour les travaux d'achèvement sont employés un certain nombre de types d'éléments préfabriqués, coulés en béton armé, qui permettent plusieurs cas d'emploie et nécessitent une fabrication en grande série tels les portes, fenêtres, escaliers, placards et éléments sanitaires. Des prototypes sont créés et définis par leurs dimensions et les possibilités de composition qui permettent diversité d'agencements dans les constructions.
L'emploie d'éléments standards et, par conséquent, le passage de méthodes artisanales à une industrialisation progressive de la construction est équivalente pour des projets plus résolument modernes dits de « table rase » tel c'est le cas pour la ville du Havre même si, ici, le matériaux s'exhibe d'avantage que précédemment. « Pour rendre au Havre sa vie et sa personnalité urbaine, il ne s'agit donc pas, comme pour d'autres villes de France, de raccorder et de composer les vestiges d'un passé encore dominant avec des ensembles neufs éparpillés, il n'est pas question non plus de reconstituer et d'améliorer simplement la voirie d'une ville dont le premier réseau serait resté intact. Le Havre peut et doit être non pas reconstruit mais recréé » annonce Auguste Perret. C'est dans cette situation que débutera, à l'initiative de l'Etat, la création d'ISAI (Immeuble Sans Affectation Immédiate) destinés à meubler le temps écoulé entre 1945 et l'approbation des plans de reconstruction et de remembrement mais aussi (selon Bruno Vayssière -- in reconstruction, déconstruction) afin d'exercer une pression directe sur les entreprises par l'intermédiaire des commandes d'Etat devant les « inciter à renouveler et moderniser leurs méthodes dans le cadre de chantiers moins traditionnels et plus importants ». Ainsi, le Havre constituera un terrain d'expérience privilégié du MRU ou sera expérimenté sous l'égide de Perret l'usage des ISAI et une construction orientée vers une plus grande rationalisation, l'angle droit et la trame constituant la base des principes de construction de l'architecte. Dès lors, régie par un principe d'orthogonalité et de même mesure (symétrie) la construction aura recours à des travées constantes, une norme qui rendra possible le coffrage en grande série.
Néanmoins, si pénurie et planification nécessitent rapidité, économie et uniformisation lesquels sont en jeu dans l'industrialisation des chantiers, demeure un écart entre les volontés d'innovation et la réalité des gestes de manœuvre. Si l'année 1941 marque le lancement d'une filière normalisée suivie d'un emploie massif du béton ainsi qu'un recours discret à l'ossature métallique sur laquelle seront fixés les moellons de béton pré assemblés ; jusqu'en 52, les vrais progrès seront beaucoup plus intériorisés que formalisés, selon Bruno Vayssière, « les nouveaux ordres productifs innoveront surtout des réseaux aux matériaux dans les secteurs liés à la recherche industrielle et au génie civil. Les isolant et les premiers plastiques s'alliant aux voiles minces, aux radiers sur pieux battus, aux bétons à prises rapides, aux drainages routiers massifs», les menuiseries métalliques prototypes en aluminium apparaissant progressivement. Une préfabrication légère dite « à sec » ayant recours à une structure métallique de poutres en treillis assemblée et usinée sur le chantier telle qu'elle fut expérimentée par Marcel Lods à Drancy ne se démocratisera pas pour des raisons de sécurité au feu, les institutions ayant encore en mémoire les grands incendies du 19^ème^ siècle lui préfèreront les matériaux pondéreux. Nonobstant, la préfabrication lourde ne fonctionnera pas, incarnant une entreprise démesurée pour des moyens souvent encore rudimentaires. Il faudra attendre près de trente ans pour que le bâtiment passe réellement de l'artisanat à l'industrie ou « du moins, que son mode de production s'approche de celui des autres bien durables tels que l'automobile ou l'électroménager » le métier restant néanmoins en grande partie artisanal constate Jean Louis Vénard. C'est entre 1952 et 1972 que la productivité devra indéniablement progresser grâce notamment aux systèmes de construction par grands panneaux, au développement des moyens de levage et des coffrages-outils puis tunnel, à l'usage de composants préfabriqués de second œuvre et encore, à la conception d'opérations très répétitives notamment selon le nouveau procédé Camus. De même, il faut noter l'évolution et l'industrialisation dans le domaine des composants et semi produits, le développement des matériaux plastiques avec l'apparition du caoutchouc de synthèse, du nylon, du polystyrène ou du linoléum dans les années 30, du formica dans les années 50 ou des bois bakélisés dont les combinaisons et applications permettent d'améliorer l'isolation tout en offrant des surfaces plus hygiéniques lisses et faciles d'entretient. De plus, des procédés permettant une utilisation nouvelle de tôles métalliques sont initiés notamment sous l'impulsion d'ingénieurs architectes. Ainsi, devenu en 1957 responsable du département « bâtiment » d'une société industrielle (CIMT), Jean Prouvé rejoint des lieux de production et met au point des systèmes de façades légères qui bénéficient de ses recherches antérieures et dont l'élément déterminant est le profil raidisseur. Le standard rigoureux est amélioré grâce aux techniques de fabrication de pointe (emboutissage, extrusion) et à une qualité d'exécution qui résout les problèmes de finition et d'isolation mais n'exclut pas les variantes et les adaptations. Au début des années soixante, Prouvé conçoit en collaboration deux importants systèmes de construction : la « toiture réticulaire à surface variable » qui s'adapte à tous les types de construction (avec L. Pétroff ingénieur) et le « Tabouret », procédé mettant en œuvre deux seuls éléments : un poteau et une poutre. C'est sous son influence et son assentiment qu'une construction comme le centre Pompidou sera possible, les structure en acier plié, façade-rideau en panneaux modulaires, mise en évidence des principes constructifs, flexibilité des espaces intérieurs, ainsi qu'une certaine désuétude évoquant son empirisme artisanal si singulier.
En outre, dès 1950, sous l'influence supposée de l'architecture brésilienne de Niemeyer notamment ou encore du finlandais Alvar Aalto, apparaît en France une architecture de la forme libre se posant en rupture avec les structures générées jusqu'alors par le système rationaliste. Ainsi de l'église Notre Dame du Haut construite par le Corbusier à Ronchamp en 1950 dont la structure organique dénote de l'architecture manifeste du purisme qu'était la villa Savoye (1929). Le marché de Royan édifié entre 1956 et 1957 par les architectes Simon et Morisseau adjoints de l'ingénieur Sarger, comme le CNIT construit dans le quartier de la Défense à Puteaux au même moment par Jean de Mailly, Camelot et Zherfuss assistés des ingénieurs Nicolas Esquillan pour la coque ou encore Jean Prouvé pour la façade, témoignent de l'utilisation avancée du béton coque et d'une désormais étroite collaboration entre architectes et ingénieurs. Des ingénieurs comme Bernard Lafaille s'associent désormais aux architectes en vue de réaliser des ouvrages monumentaux aux structures novatrices issues de modélisations mathématiques. Néanmoins ces formes nouvelles ne touchent que les édifices singuliers et ne s'appliquent pas à l'habitat. Elles illustrent cependant une certaine crise vis à vis de la monotonie inhérente à la standardisation qui initiera dans les années 70 des projets composites alliant création de grands ensembles de construction économique standardisée et singularisation des bâtiments intégrant volontiers la courbe. C'est le cas pour la citée des Courtillières construite par Emile Aillaud en 1971 ou encore l' Abreuvoir et la grande Borne rompant délibérément avec la linéarité imposée jusqu'alors par le chemin de grue. C'est aussi à cette époque que le reconstruction proprement dite touchera à sa fin dans un contexte de révision politique urbaine avec un rejet de la tour, de la barre et des grands ensembles associé à la crise économique de 74.
Si l'industrialisation de masse est une idée issue de la seconde moitié du 19^ème^ siècle et de l'essor de la métallurgie, elle fut d'abord appliquée aux ouvrages modernes spécifiques tels les gares, usines ou ponts et n'entra dans l'habitat, via la structure métallique apparente qu'à la fin du siècle avec des constructions comme l'Hôtel Van Eetvede ou la maison du peuple de Victor Horta.
Au début du 20^ème^ siècle, les initiateurs du modernisme désormais entrés dans l'aire du machinisme, de la reproductibilité mécanique, qui devait inspirer artistes et écrivains longtemps encore, tendent à intégrer l'industrie en amont de la question de la réalisation, dès la conception formelle. Ainsi naît le Bauhaus. L'idéal qui prenait forme au siècle précédent à travers le familistère de Guise se reformule de manière impérieuse sous la forme d'un contrat social, les architectes d'alors ayant le sentiment de jeter là les prémices d'un engagement futur. Fantasmant les chaînes de construction où des éléments mécaniques produits en grande série viennent composer un système, un appareil, les architectes parlent alors de cellules ou modules composant une « machine à habiter ». Une nouvelle typologie de l'habitat est prônée dès le début des années 30 lorsque le professeur Friedberger expose ses conceptions lors du congrès international pour la construction nouvelle en 1930 à Bruxelles : « Le seul type de construction qui pourrait être adéquat pour la grande ville serait l'immeuble élevé avec, à proximité directe, autant d'espaces verts que possible. » ou que Le Corbusier envisage, en 1933 lors du congrès d'Athènes, (en 1922 et 1929 avec les projets de Ville Contemporaine et Ville Radieuse) un plan de ville hygiéniste, fonctionnaliste, hiérarchisée via le principe de zonage et intégrant nombre d'espaces verts. Dans un article datant de la même époque, Walter Gropius évoque la conception nouvelle de l'habitat lui même par ses techniques nouvelles de construction lesquelles tiennent principalement au fait que l'on « décompose les fonctions du mur extérieur du bâtiment [...] on fait reposer le poids de tout le bâtiment uniquement sur une ossature de soutien en acier ou en béton, et on économise sur la masse portante et sur les fondations en employant des matériaux de résistance élevée. Enfin, on construit les murs entre les supports seulement de manière à ce qu'ils protègent contre les influences atmosphériques et contre les perturbations sonores. L'objectif étant d'économiser le plus possible sur le poids et la masse à transporter , on cherche à fabriquer ces parois non poreuses avec des éléments de construction assez minces comme le béton léger. Ces constructions [...] permettent logiquement d'augmenter de plus en plus les ouvertures dans les murs et les toits pour laisser couler à flots la lumière du jour. [...] Dans le bâtiment comme dans beaucoup d'autres secteurs de la production économique, les corps de métier cèdent progressivement la pas à l'industrie. Grâce au procédé de pose à sec sur le chantier, cela permettra de les monter désormais suivant une composition variable, en une sorte de jeu de construction en grand, quelque soit la saison. »
Un des premiers décalages remarquables entre les projets et la réalité des réalisations est le glissement insidieux de la construction de la ville moderne à des constructions effectives dans des zones périphériques dont le terrain offrait un coût moindre. Ainsi déjà, la donne était faussée ce qui fit parler souvent d'énormes paquebots échoués, isolés au plein milieu de terres à betteraves.
De plus, s'est longtemps fait sentir un décalage entre une conception idéale d'une construction industrielle s'apparentant à la manipulation d'un mécano simple et flexible dans la possibilité des agencements et applications -- quasiment ludique -- et la réalité de la mise en œuvre souvent inadaptée, balbutiante.
Enfin, la monotonie due aux principes économiques de standardisation généralisée et aux méthodes de mise en oeuvre alliée à la surdimension de bâtiments considérants l'individu en gommant ses singularités à conduit à un rejet violent de ses formes devenues rapidement figures de bouc émissaire.
Néanmoins, malgré de fréquents décalages entre les attendus et les effets, sous une impulsion moderne, auront été initiés dès 1945 nombre des principes actuels de construction liés à l'utilisation de matériaux industriels descendants des principes de confort et normes d'hygiène issus de l'utopie moderniste.