Julien Berthier, Welcome Home
Se serait une brute singulièrement bien intentionnée, et tout à fait hors des réalités, qui aurait défoncé votre mur pour avec application y inscrire un message de bienvenue. Le salon qu'on devine d'ordinaire propret, sous les gravas semble prostré, choqué. Et comme on allumerait les lumières sur une fête surprise, la cloison du salon énonce un enthousiaste, énorme et effroyable « Welcome Home ».1 Grand burlesque ! Le reste est du même acabit. Chez Julien Berthier chaque pièce semble toujours plus ou moins partir d'une impulsion, c'est à dire une idée non réfléchie, non pesée, idiote, et pourtant portée à terme avec une application toute autistique. C'est le bon sens apparent poussé jusqu'au paradoxe, sans complexe et avec une disproportion à peine concevable. Il y aurait parfois quelque chose comme la maladresse de celui qui croit bien faire en imitant une normalité qu'il reproduit sans en comprendre les fondements et donc tout à coté. Sinon que Berthier n'a rien d'un idiot ou d'un gaffeur. Et cette manière de caricature et de plaisanterie, cette apparente idiotie (si l'on veut employer la terminologie de JY Jouannais) développe mine de rien, comme sans y faire exprès, un savoureux regard critique. Son véhicule para-site comme ses absurdes barrières individuelles ou ces spécialistes 2 d'on ne sait quoi, sa dérisoire rallonge (restore hope) pour venir en aide à la silicon valley en cas de coupure de courant etc. sont dans leur apparente naïveté comme des réponses par miroir sympathique à l'opportunisme, l'individualisme, la glose ou l'indigence politique... traits fréquents du monde que nous faisons, sans doute à notre image. Une poésie sourd curieusement de cette ironie légère, on s'avise que la rédaction Dupuis serait bien morne si elle ne comptait en ses rangs un gaffeur improductif attaché continuellement à inventer d'ingénieux dispositifs extravagants.

1.cette pièce datant de 2003 donne son titre à l'exposition.

2.en collaboration avec Simon Boudvin, 2006, « Un samedi, 7 heures du matin, dans le centre de Paris, près de Beaubourg. Sur un mur aveugle de la ville, une façade reprenant les codes architecturaux du quartier et occupant 10 cm d'espace public est montée et collée en une demi-heure. Située entre le 1 et le 3, la porte (avec boite aux lettres intégrée et sonnette fonctionnant) devient le 1 bis de la rue. »
Exposition Le pavé dans la mare -- Julien Berthier, Welcome Home . Frac Franche-Comté, 31 janvier / 21 mars 2008.