Valenciennes 26
A partir d'un moment, le regard vide ne fait que refléter -à l'envers- les événements du monde qui, pareils à des îles au large desquelles vous passeriez, mangées par les brumes, incertaines, sembleraient plutôt glisser lentement hors de vos fenêtres que demeurer ancrées. Tout accaparé à être (lorsque ceci n'est plus évident), le monde courant est relégué à la vision périphérique tandis qu'au centre de vous même bourdonne un frigo vide et cependant pesant. Vous rassoyez en vous-même (Montaigne). Les changements de rythme, ça vous laisse là. Sans plus de direction. Les pages de mon agenda pour dimanche et lundi son vierges, activités sans doutes imperceptibles qui mangent des journées inégales, effacées. Quelques cartons de livres (7) pour un déménagement prochain. Arrivée samedi gare du Nord 19h26, rendez-vous 20h00 place St-Michel manger avec Cyrille et Anthony. Mardi, conversation sur l'art et le paysage sur une terrasse de la rue St-Maur. Mercredi, visite du MacVal avec Yann et Estelle. Beaux volumes et textures légères. Pierre Huyghe, Streamside day. Isabelle m'avait offert le livre Jacques Ripault, espace des œuvres, préface de F. Bon. Malice de trouver un manque à ma bibliothèque. Je trouverais un jour un spécimen pour elle. Jeudi, récupérer les photos d'Assaf avant son embarquement pour l'Israël. Les grands papiers aux immeubles de la corniche que j'ai envie d'inclure au livre à venir.

Peut-être ne suis-je pas très humain. Mon désir consistait à peindre de la lumière du soleil sur le mur d'une maison. (Hopper)

Ces désirs balnéaires que j'avais arrivant à Valenciennes mais que je n'ai pu retrouver à aucun balcon ensoleillé de lumière, je sais ne pouvoir les entrevoir que sur les corniches de Toulon hors saison. D'autres lisières méditerranéennes aussi qui me parleraient de mon horizon. Dans La Torre Bianca de Pablo Auladel, l'homme est un être de lointain . El hombre es un ser de lejanias, dijo alguien. Heidegger, Proust. Valenciennes condensait pour moi autre chose, et tout le travail est alors d'atteindre ces étranges manières par lesquelles les lieux se donnent à nous. Par un message sur mon téléphone j'apprend que l'agence organise une visite à l'appartement en ce moment. Où est-on entre tout ça ? Escalade le soir. Coup de téléphone de la résidence que j'aurais en septembre, portes ouvertes le 8 et 9. Interventions scolaires janvier/février 2008.

Yann est en échec dit-il, ne peut accepter de faire de l'art sans révolutionner immédiatement ses enjeux, sans devenir une figure à la manière des grands sportifs, acteurs, politiques ou musiciens, sans être influant dans la citée, jugé important et fort. Désespoir alors de ce qui ne serait qu'une survivance exercée au sein d'un groupe restreint, marge convenue et assagie éventuellement visitée comme on se délasse en fin de semaine, se diverti. Se souci-t-on vraiment d'être au monde ?

Un temps l'art se promettait de changer la vie puis les lendemains qui déchantent inspirèrent une dynamique contraire où ce serait la vie qui changerait l'art, dit autrement, l'art qui s'y conformerait.