les parenthèses du jeux
Que chaque chose se présente en un décalage oblige à se constituer soi même dans le décalage, sur un seuil.

Eau douce et salée s'interpénètrent à l'endroit d'un trouble.

Suivant l'exemple d'André Breton, « maintenir à tout prix la liquidité de la langue, sa disponibilité, en tentant, par une inattention rigoureuse aux affinités des mots, aux liaisons syntaxiques, à tout ce mécanisme verbal qui, si nous n'y prenons garde, s'ingénie à chaque instant à penser pour nous tout seul, de laisser le champ libre à l' » aimantation » intérieure du subconscient. » ou bien, à la manière de Paul Valéry, trouver « dans la réflexion et le travail sur les données du langage l'unique moyen de libération. »

Il y a chez Cremonini le calme angoissé des univers de Tarkovski ou d'Antonioni, des univers de dedans/dehors, espace linéament de réciprocité entre phénomènes et sujet corporel qui consomment l'alternative. Tout à la fois le phénomène qui nous est donné à voir témoigne d'un arrière monde et n'existe en dehors de notre propre représentation. Dans un tableau de Cremonini, tout à la fois dépend et ne dépend pas de l'homme. A certains égards, il en est l'enfant témoin, d'objets ordinaires passés sous silence par le regard. Ainsi la scène perd son identité pour atteindre à une dimension fascinée, le tableau absorbe le récit n'y laissant passer que l'image. Les objets existent dans leur solitude respective, véritables leitmotiv rémanents et obsédants comme dépendants chaqu'un d'espaces incompossibles.

Certains ont cherché à diviser le corps pictural tandis que d'autres comme Balthus ou Cremonini a le constituer inlassablement, à le travailler au corps. La subtilité nuancée et puissamment suggestive de Cremonini est parfois passée inaperçue lorsque les interprétations ne pouvaient dépasser le binaire d'un 1er et second degré. Il a insisté dans la peinture lorsque c'était mal venu, qu'on la disait cause perdue. Et comme tout bon artiste refait sans cesse un ou deux seuls tableaux. Il est temps que l'on réalise comme nombre des peintres actuels de Desgrandchamps à Weischer sont redevables, comme les hardiesses dont on les flattes ne le sont que si on occulte certains prédécesseurs.

A voir Leonardo Cremonini galerie Claude Bernard. Extrait de Julien Gracq sur A. Breton.