Pour Hollan, écrire consiste souvent à localiser « un courant de vie, comme la respiration, qui veut bouger, dessiner... ». Il y a je crois une jubilation à entrapercevoir, comme par effraction les énergies à l'œuvre comme à travers soi lorsque l'on crée. Il semble alors que l'on entrevoit par l'entrebâillement d'une porte un monde autre, à dimension sublime, inabordable sinon par ce dédoublement, cette inattentive attention. Le texte n'est pas le sous-titre ou la théorie de la peinture mais la tentative de saisir par bribes le contexte dans lequel elle ondoie, cette « réalité naturelle qui excède les mots ». Yves Bonnefoy y retrouve alors ses propres préoccupations, entrevoyant dans les travaux de Hollan ce qui l'a tant frappé lui-même dans l'art roman où « déchirer le voile prime toujours sur représenter ». La question de la représentation et de la présence, du circonscrit ou défini et de l'ouvert. C'est une question qui me travaille, dans l'écriture, dans la peinture, qui me travaillait confusément avant que, lisant Bonnefoy, ses articles, sa poésie, ses essais, je ne la trouve formulée comme il l'a formulée. Un de mes plus grands regrets c'est de ne jamais avoir osé lui écrire pour partager mon sentiment, échanger. Lisant ce riche et bel ensemble de notes qu'il a consacré au travail d'Alexandre Hollan publié tout récemment à l'Atelier contemporain je prends un peu pour moi, comme confidences éclairantes ou comme vade mecum quelques mots, quelques idées.