Dans l'anatomie frustre de nos blogs au départ, ces quelques liens : juste une dizaine au début, et puis d'autres s'ajoutant au fil des renvois. On faisait encore la démarche à l'époque des échanges de liens, on nous invitait à inclure des bannières. Longtemps qu'on ne demande plus cette réciprocité et autorisation. Les façons changent aussi. Il y avait les outils que l'on téléchargeait pour suivre la fréquentation de nos pages et les pics soudains de fréquentation lorsqu'un autre renvoyait à quelque chose qu'on avait pu publier. On pouvait s'étonner d'être consulté depuis l'étranger et de ce que tout le monde semblait se connecter vers les mêmes heures en début de soirée. On remarquait comme la fréquentation et l'indexation par les moteurs de recherches dépendant de la fréquence de publication et certains, véritables agendas complets des expos du moment à avancer loin en tête. Plus fréquents aussi les commentaires, presque obligés pour signaler qu'on avait lu. Quelque part on était d'un mouvement avec la responsabilité ou la charge de le nourrir ou l'animer. Les post était réguliers et on faisait quasi quotidiennement le tour intégral de nos blogs. Parfois on avait des visiteurs assidus avec lesquels se nouait une vrai relation (et combien qu'on ne connaîtraient que comme ça ?), et puis du jour au lendemain, plus ou d'autres. Déjà deux ans après la liste était plus longue et plus difficile la tournée régulière. Plus moyen de me rappeler quand ça a changé et sans doute que ça a été progressif, mais d'une petite communauté on en venait à ne plus percevoir les limites de l'étendue. Exponentiel. Ça en poussait de partout (quelle impression pour ceux qui étaient réellement les pionniers, 10 ans avant ?). Vertige de centaines de blogs singuliers. Et puis il y avait le blog en veille de celle qui disait préparer sa thèse et s'excusait de l'interruption, un qui s'était lassé, l'autre qui avait déménagé et tout ça affectait l'ensemble. La vie de chacun transparaissait derrière la fenêtre. Pas mal ont cédé leur place. J'ai perdu par une fausse manip il y a quelques années l'intégralité des liens tissés à cette époque, impossibles à retrouver. Peut-être eux de leur côté gardent encore dans leurs marges la trace de nos échanges, de cette époque. Et dernièrement, à faire du ménage parmi les liens rompus j'en ai retrouvé quelques uns quand même, certains abandonnés, d'autres toujours actifs. Peu à peu s'étaient greffés les blogs littérature, les sites plus élaborés, mais déjà parmi eux-mêmes certains aujourd'hui disparus. Juste d'en relire les noms me ramène à ma chambre de bonne parisienne, encombrée au possible. Mes longues errances dans la ville. La nécessité de confier tout ça pour en prendre la mesure. Les nuits à refaire le monde sur msn, telle remarque un moment qui avait entrainé qu'on écrive alors sur le blog. J'avais 25 ans, j'en ai 31 et tout ça me semble une éternité. Les marges pour témoigner. L'internet en a sans doute absorbé l'histoire et puis, c'est le propre des mutations, un nouveau visage se sera imposé par dessus l'autre. Qui pour se rappeler comment se présentait mon site perso ouvert dans ans avant ? On n'a plus de malle pour renfermer tout ça. Les choses, oubliant leur genèse, se construisent comme mythes.
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