C'est ainsi que j'allais, dans un premier temps, au contact de ces choses qui, bien qu'apparemment identiques, connaissent ou ne connaissent pas notre assentiment.
Telle photographie de Lee Friedlander au Jeu de Paume affichait la volonté manifeste de partager sa surface par un axe central. J'y vu un signe lourd, comme la présence, par négligence, du souffleur sur la scène. Je pensais immédiatement à cette autre photographie d'Eric Poitevin au grand Palais, à propos de laquelle mon enthousiasme voulait justement répondre à une semblable manifestation. Je voudrais en conclure, et cela sans expédient, que l'arbre en plein centre, chez Poitevin, était très heureux d'y être.
Comprenez de travers si vous voulez, je n'y ajouterai pas.
La seconde fois, cette semaine, que le constat se fit prégnant, ce fut contre toute attente au Palais de Tokyo où le Ghost Rider, finalement pas moins qu'un autre à sa place ici, endossa pour moi le costume d'un interprète anonyme, ténébreux et brillant, seul susceptible d'entraîner une ébauche de gravitation.
Chevalier moderne avec tout ce que cela comporte de kitch et d'épique, sur le périphérique, en moto, dans le soir, à plus de 200km/h. Trois caméras et la route qui comme un liquide sur une étrave s'ouvre vers l'avant, se referme vers l'arrière tandis que la témérité froide du compteur de vitesse.
Outre que le désir de voir cela s'accompagne d'une exaltation particulière, l'aspect sûrement magique de ce monument à la victoire et au désastre, lyrique et scandaleuse manifestation de la liberté, mieux que tout autre de nature à décrédibiliser les fantaisies sages du décorum alentour, assume sans détresse la réception et la transmission des appels à voler, à s'extraire, qui se pressent du fond des âges et des nuits de chacun. On ne peut plus parler ici de divorce de l'action et du rêve lesquels désormais font cause commune. A peine si les flots contradictoires et figés de stupeur d'une marée matinale mêlent une odeur de tombeau à la fuite éperdue, frôlant la déperdition, insolente.
Et ce qui justement demeurait virtuel dans les jeux vidéo connaît ici l'appel caractéristique du corps lancé que Desnos investirait de sa noueuse alternative :
« Que je méprise ceux qui ignorent jusqu'à l'existence du vent. Mieux vaut le nier tout en restant son jouet.
-Mais la mort ?
-C'est bon pour vous. »
Je le répète : Scandaleuse liberté.
C'est ainsi qu'il justifia son livre, Un lion à Paris -- Edit. Autrement.
Robert Desnos, La liberté ou l'amour.