J'en fais l'expérience à l'instant après avoir surpris la main levée quelques belles divagations : quand les méditations sont à point, se pencher sur le papier c'est comme leur tourner le dos. C'est comme ces malédictions qui préservent les secrets : « tu ne pourras pas dire ce que tu as vu, quand tu essaieras on te prendra pour fou. » C'est peut-être présomptueux, on n'aura peut-être rien surpris de tellement formidable. Que dire du monde alors qui est, désespérant, immense, étoilé de chemins divers qu'il faudrait parcourir d'un seul mouvement sans rien en négliger. Le beau, avançait Valéry, est ce qui est désespérant. On le croit. Si on veut aventurer des mots, des images à nous, bref si on veut penser le monde, ce ne peut être qu'avec des pensées multiples et simultanées, des contradictions nombreuses et qui ne s'empêchent pas -- un art monstrueux. Sûr que ça ne peut se faire tout seul. Et c'est pas sans risque d'inviter comme ça chez soi un monstre qui viendrait grignoter nos décors, tordre nos phrases, qu'on y verrait un sombre abîme derrière. Allé ! Toute conscience du monde sera monstrueuse ou ne sera pas.