C'est un peu cette sorte de voyage truqué que nous éprouvons en parcourant la double exposition Kiefer où on ne rencontre de pièce en pièce autre chose que Kiefer tel que l'on pouvait le supposer, Kiefer faisant du Kiefer.
Comme la Musée du Quai Branly rassemblait à lui tel les larves des trichoptères tout les archétypes pouvant signifier son intention, les œuvres exposées aujourd'hui satisfont à nos attentes de grands espaces matiérés, aux perspectives mélancoliques (de cette mélancolie que Victor Hugo entendait comme le bonheur d'être triste), aux signes de mémoire disposés avec une généreuse délicatesse. Ces couleurs de temps qui passe, ces objets émouvants, ces fagots collé à la surface par un demi-dieu ordonnançant les bouts du monde(j'ai pétrie la boue et j'en ai fait de l'or). Tout est juste, tout est beau, tout porte la trace d'une maîtrise certaine et éprouvée, tout est poésie romantique panthéiste. Jusqu'à cette impression de déjà vu.
Il n'y a pas de quoi faire là une critique laquelle n'accuserait que mes propres bornes, une malsaine propension à chercher les poux dans les tonsures. Je m'explique comme ça : Il y a toujours une certaine frustration à s'entendre répondre à une question ce qu'elle circonscrivait exactement. Un enfant délaisse son jeu lorsqu'il a compris que le cube correspond à l'orifice carré et la balle au rond, l'intérêt était lorsque le carré résistait à la sphère et le rond, au cube, malgré notre insistance ne voulait pas passer.
Pourtant la paye d'une journée rude je l'ai donnée un jour toute pour acquérir ce volumineux ouvrage qu'Arasse lui consacrait.
Platon concluait : « Les belles choses sont toujours difficiles. »