« Derrière le mouvement incessant de l'électricité de la vie se trouve la réalité ultime : le vide », écrit Timoty Leary. Il est certains moments où il nous semble toucher du doigt cette paroi d'illusions, de petits équipements derrière laquelle se laisse sentir l'immensité qui en est le négatif. Il nous semble que partout nous pourrions tomber, à chaque instant nous détacher de ce qui nous tient, comme attirés par un charme, un trou d'eau. Le monde qui nous abrite irait pour se défaire, se démantibuler, n'offrant plus aucun appui, ni pour le corps, ni pour la pensée. Combien de nos actions, de nos activités ne sont ancrées à rien, adossées à rien, semblables à des décors peints ? Je ne saurais dire quand ---l'insinuation de l'idée d'infini qui contorsionne l'âge baroque ? Les premières photographies publiées de la Lune ? Celle de la terre depuis l'espace ? --- s'est propagée puis installée au fond de nous ce sentiment et presque cette sensation parfois d'être cernés d'une nuit sans fin, énigmatique, mortelle. Ce qui a une certaine échelle est exact. Certains lui ont donné parfois les contours rassurants d'une méditation, la fluidité d'un dragon, de l'espace d'une respiration. D'autres le caractère angoissant au plus haut point d'un bord marquant un précipice. Ce qu'on nomme parfois « métaphysique » semble traiter de ça : la sensation parfois que la perception s'inverse ne nous donnant à toucher non plus les objets solides disposés sur le plateau de l'étendue mais la topographie des vides que ceux-ci ponctuent, modulent à la manière d'îles, de rochers compliquant de leur présence massive les courants et la houle.