Notes confuses sur Glen Baxter
Le monde, et il ne faut pas trop le dire, confiait Raymond Devos, se présente à nous comme un événement capricieusement absurde, c'est à dire inexplicable sur certains points essentiels. Et c'est avec cela précisément que l'on joue.

On a coutume de pénétrer dans le parc d'attractions troublé par l'invitation illicite de ses dédales de frissons. Emerveillé et tout à la fois effrayé un peu à l'idée de cet envers qui, se montrant à nous, révélerait d'autant plus douloureusement l'étroitesse de notre expérience quotidienne, la précarité de notre artificiel équilibre et les abîmes de l'inconnu. Et des portes nombreuses et bariolées invitent aux petites peurs, aux fugitives déperditions et au vertiges tandis que tentures et palissades dessinent le labyrinthe. Et il y a quelque chose d'un peu magique en ces mondes toujours plus vastes -et jusqu'où ?- que les tentes qui les abritent et en dessous desquelles l'attention que nous portons à tout ce matériel est un ressort que l'on remonte pareil à une angoisse que le rire désamorcera.

J'aimerai mettre le doigt sur ce sentiment spécial que nous procure la visite du monde de Glen Baxter. Pas plus que Néo Rauch il ne met en scène des personnages mais bien des images de personnages, pour mieux dire : une imagerie. Une imagerie surréaliste dégagée comme chez Lautréamont de rencontres incongrues par lesquelles seulement il est possible d'accéder à certaines couches récalcitrantes de notre expérience. Les signes se collent à la faveur d'affinités étranges et totalement indiscutables. Ils ont la teneur de ces bribes de conversation qui, dépourvues de trajet identifiable, acquièrent une autonomie loufoque de maximes essentielles. C'est un léger vertige de ce qui nous invite très sérieusement à rire. Car on ne sait pas bien où cela nous mène et il se peut que ce soit précisément on ne sait où.

En exposition Galerie Martine et Thibault de la Châtre. Son Site.