Lectures :Le vieil homme et la mer, Ernest Hemingway (traduction de François Bon)
Antoine Emaz, cuisine. Editions publie.net
Pierre Bergounioux, carnet de notes T. 3. Editions Verdier
34 pages, préface de Jérémy Liron, éditions Centre d’art la Halle des bouchers, Vienne, 2024.
34 pages, préface de Jérémy Liron, éditions Centre d’art la Halle des bouchers, Vienne, 2024.
192 pages, Préface de Lionel Bourg, entretien avec Anne Favier, éditions l’Atelier contemporain, 2024
192 pages, Préface de Lionel Bourg, entretien avec Anne Favier, éditions l’Atelier contemporain, 2024
Préface de François Bon, bilingue, éditions Lord Byron, 2024
Préface de François Bon, bilingue, éditions Lord Byron, 2024
36 pages, texte d’Emmanuel Ruben, édition Orangerie du Château de Sucy-en-Brie, 2024.
36 pages, texte d’Emmanuel Ruben, édition Orangerie du Château de Sucy-en-Brie, 2024.
"Qu'est-ce qu'un paysage? Ce que nous gardons en mémoire après avoir cessé de regarder."
Cette définition donnée par Gilles Clément articule le regard et la mémoire et a le double intérêt d'introduire l'exposition en la plaçant sous le signe du paysage, qui est le titre générique d'une série de peintures et de l'extraire d'une appréhensio,n technique réductrice en l'assimilant à une perception dans aquelle le travail du regard n'est pas simplement celui de la vue, le paysage e, Occident se définissant historiquement comme une découpe tracée par une fenêtre, la vedute, mais une activité composite à laquelle prennent part l'imagination et la mémoire.
JL
Texte d’Armand Dupuy, éditions Aencrages & Co. 2024
Texte d’Armand Dupuy, éditions Aencrages & Co. 2024
Textes de Numa Hambursin et Amélie Adamo, éditions MO.CO. SilvanaEditoriale, 2023
Textes de Numa Hambursin et Amélie Adamo, éditions MO.CO. SilvanaEditoriale, 2023
Sous la direction d’Anne Dary, textes de Marie de Brugerolles, Denis Laget, Didier Semin, édition Liénart, 2023
Sous la direction d’Anne Dary, textes de Marie de Brugerolles, Denis Laget, Didier Semin, édition Liénart, 2023
192 pages, textes de Jean-Charles Vergne, Victor Hugo, Nina Léger, éditions Frac Auvergne, 2022
192 pages, textes de Jean-Charles Vergne, Victor Hugo, Nina Léger, éditions Frac Auvergne, 2022
Textes de Frédéric Laporte, Cyrille Goyette, Jérémy Liron, François Laplanche, Michel Dubecq, Jean-François Decorse, 2022
Textes de Frédéric Laporte, Cyrille Goyette, Jérémy Liron, François Laplanche, Michel Dubecq, Jean-François Decorse, 2022
98 pages, ENd éditions, 2024
98 pages, ENd éditions, 2024
15 pages, Ohnedaruth éditions, 2023.
15 pages, Ohnedaruth éditions, 2023.
40 pages. Éditions du 6 rue du Gryphe, 2023.
40 pages. Éditions du 6 rue du Gryphe, 2023.
26 pages, Édition Telmah, art contemporain, 2021.
Dialogue avec Alexandre Mare
26 pages, Édition Telmah, art contemporain, 2021.
Dialogue avec Alexandre Mare
Editions Strandflat, 2019
Dialogue avec des monotypes de Peggy Viallat-Langloy
Editions Strandflat, 2019
Dialogue avec des monotypes de Peggy Viallat-Langloy
Un récit en caméra subjective. "Sans dialogue, aux contours flous", dit Jérémy Liron. Un condensé d'impressions, mais que peu à peu les haltes, les paysages structurent, et qui laisse affleurer avec d'autant plus de présence les trois personnages, l'histoire d'amour qui surgit prégnante, avec les trajets et voyages, avec les messages qu'on efface du portable, et la mémoire de tous les films qu'on a vus.
Artiste plasticien, Jérémy Liron travaille souvent au plus près du réel urbain, via un matériau photographique repris ensuite dans des peintures à l'huile où cette notion de présence, dans la ville ordinaire, passe avant tout le reste – voir son site lironjeremy.com et son blog les pasperdus.blogspot.fr – c'est un peu de cette façon qu'il nous embarque dans ce récit, roman dense et bref où le décalage d'un prénom suffit à faire basculer tous les repères.
Sous un titre emprunté à l’iconographie mariale, la galerie Duchamp à Yvetot présente, de Paysage 67 (2009) à Paysage 284 (2025), une quarantaine de toiles de Jérémy Liron, peintre du motif du jardin clos depuis vingt-cinq ans. L’exposition a ceci de singulier qu’elle est en partie signée par l’artiste lui-même, invité à choisir ses propres compagnons de cimaise.
À l’origine, l’hortus conclusus est une affaire mariale. C’est le jardin clos du Cantique des cantiques, cette « source scellée » que la tradition mystique a fait glisser vers la pureté virginale, puis vers l’image d’un paradis retrouvé, espace protégé du tumulte du monde, régulièrement associé à l’iconographie de l’Annonciation. Jérémy Liron reprend aujourd’hui ce vocable pour coiffer vingt-cinq ans de peinture de paysage, le terme portant en lui une promesse de sanctuaire, de refuge soustrait à l’histoire, que la peinture de l’artiste, faite de perspectives déréglées et de lumières contrastées, ne cherche pourtant pas frontalement à honorer. Le trouble que ressent le public devant ces jardins si peu naturels tient peut-être moins à leur étrangeté propre qu’à cet écart entre un titre qui promet une théologie du regard et des toiles qui, de l’aveu même du peintre, jouent surtout des lignes, des formats et des couleurs. Le texte qui accompagne l’exposition tranche d’ailleurs lui-même la question en des termes plus modestes, évoquant une interrogation sur la frontière entre ce qu’est une peinture d’histoire et une peinture de paysage, formule prudente qui laisse ouverte une question que le titre, lui, referme déjà sur une réponse.
Formé auprès de Jean-Marc Bustamante, l’artiste a fait du monde urbain et périurbain, celui qui l’entoure, la matière d’une peinture qui suspend plus qu’elle ne raconte. Dans le texte du catalogue qui accompagnait l’exposition monographique de l’Hôtel des Arts de Toulon, Pierre Wat notait que les « fabriques », ces bâtiments imaginaires qui peuplaient l’arrière-plan des paysages historiques de Poussin, sont venues chez Liron se substituer aux héros tragiques de la peinture d’histoire, comme si peindre l’histoire n’était plus possible mais restait, du fait même de cette impossibilité, nécessaire[1]. Peindre non par nostalgie mais par inquiétude, « pour ne pas céder au besoin de consolation[2] » est une position claire, presque une éthique picturale.
L’exposition revendique un « accrochage constellaire », pensé sous la bannière du rhizome deleuzo-guattarien, dans lequel les œuvres de Liron dialoguent avec un ensemble disparate de pièces empruntées. Les deux salles de la galerie sont coupées en diagonale par une longue cimaise. D’un côté les toiles de Liron, de l’autre une collection hétéroclite d’affiches, dessins, photographies, cartes postales, tapisserie et même assiette, réunie autour du motif du jardin. Rien d’inhabituel, jusqu’à ce qu’on précise que c’est l’artiste lui-même qui a constitué cette seconde collection, invité par la galerie à sélectionner les œuvres avec lesquelles il voit des dialogues possibles. Pierre Buraglio, Louis Hayet, Camille Corot, Valérie Sonnier, Marc Desgrandchamps, Fernand Léger, des miniatures persanes, un tapis ancien, les « lignes d’erre » de Fernand Deligny…, la liste compose une généalogie que le peintre s’octroie à lui-même, dans l’exacte mesure où c’est lui qui décide de ses pairs, de ses maîtres anciens et de ses contemporains d’élection. Si le procédé est assez courant dans l’exercice de la carte blanche, il change la nature de ce que l’on regarde. Ce n’est plus une histoire de l’art proposée depuis l’extérieur, mais un autoportrait en creux, dans lequel le choix des absents en dit autant que celui des présents.
Au Musée des Ivoires voisin se tient l’exposition d’un ensemble de pastels de Charles Angrand (1854-1926), peintre né près d’Yvetot, ami de Seurat et de Signac, revenu vivre en quasi-reclus dans son Pays de Caux natal pour y peindre fermes et clos-masures[3]. Le rapprochement institutionnel est habile : deux jardins clos, deux enclosures normandes et méditerranéennes en miroir, mais il expose aussi, par contraste, ce que la peinture de Liron n’est pas. Angrand peint un lieu réel, arpenté, habité d’une biographie de retrait volontaire. Liron peint un Sud de mémoire et de citation, figurant pins, figuiers, aloès et architecture provençale, dont rien n’indique qu’il s’agisse d’un territoire vécu plutôt que d’un répertoire de signes. Le jardin clos d’Angrand a une adresse, celui de Liron a une iconographie. Si la peinture n’a pas à être documentaire, la juxtaposition des deux artistes met au jour, sans doute involontairement, deux régimes de vérité picturale.
Les jardins de Jérémy Liron sont vides. Aucune présence humaine n’y circule; les murs y dessinent l’espace autant que les arbres. Vingt-cinq années passées à peindre un monde clos et inhabité constituent, à ce stade d’une carrière, moins une thématique qu’une discipline, au sens presque monastique du terme, ce que le titre emprunté au vocabulaire marial rend, malgré tout, assez juste. Reste à savoir si cette clôture prolongée est encore une question que la peinture se pose, ou si elle est devenue la réponse qu’elle se contente de répéter. L’exposition d’Yvetot, en multipliant les miroirs, avec Buraglio, avec les miniatures persanes, ou avec Angrand au hasard d’une programmation voisine, donne à cette interrogation un cadre stimulant.
Pourtant, les meilleures toiles de Liron tiennent leur inquiétude sans avoir besoin des œuvres empruntées pour s’autoriser. C’est peut-être là que le jardin se referme vraiment, non pas sur un paradis retrouvé, mais sur la solitude d’une peinture qui, à force de vouloir peupler ses murs de compagnons choisis, finit par révéler combien elle se suffisait déjà à elle-même.
Ses paysages épurés aux couleurs franches séduisent d’emblée. Jérémy Liron (né en 1980) est sans doute l’un des meilleurs peintres figuratifs de sa génération. Les jardins et les enclos – qui ouvrent ou ferment l’espace – sont le fil rouge de cet accrochage d’une quarantaine d’œuvres.
« Jérémy Liron. Hortus Conclusus », galerie Duchamp du 6 juin au 31 août 2026.
Jean-Lucien Guillaume, artiste lyonnais, installé à Bruxelles depuis plus de 30 ans, est de retour en France, à Pont Saint-Esprit précisément, dans un nouvel espace niché dans un ancien couvent situé au centre historique et à quelques pas du Musée d’Art Sacré. Avec sa sœur Agnès Guillaume, ex-journaliste lyonnaise spécialisé dans la danse contemporaine, ils ont fondé l’Association CAPSE (Contemporary Art Pont-Saint-Esprit). Au cœur de 4 départements, en Occitanie Provençale, CAPSE rejoint un réseau dédié à l’Art Contemporain au Sud de France. Du 13 juin au 1er août prochain, CAPSE présente LUMIÈRE NOIR. Une exposition collective qui réunit, autour du NOIR, quinze artistes de différentes générations (français, belge, allemand et néerlandais) avec des œuvres inédites ou historiques. Partant du constat que de nombreux artistes ont exploré le noir pour sa puissance graphique, sa capacité d’absorption, son aspect radical. Certains d’entre eux ont pu lui consacrer des séries entières, d’autres seulement quelques œuvres d’exception. Avec parfois un soupçon de couleur voire une image quasi fantomatique. Ces artistes Blaise Adilon, Tom Andries, Marie-Agnès Charpin, Noël Dolla, Frédérique Fleury, Jean- Lucien Guillaume, Axel Lieber, Jérémy Liron, Laurent Masoero, Patricia Meffre, Floor Merjenburgh, Michel Mouffe, Paul Raguenes, Bart Vermeulen et Georges Adilon.
Vous pourrez découvrir, d’une part, dans la petite maison et le showroom : « Beyrouth, 8 avril 2026 », un nouveau sniper de Noël Dolla; « Cross the Border » de Blaise Adilon; « Toutes les nuits du Monde » de Michel Mouffe; « Images inquiètes » (Figuier, 2012 et Palmier, 2013) de Jérémy Liron; « Nero 1 et Nero 2 », 2026, de Tom Andries; « POOKIE » de Bart Vermeulen / inside-insigt, 2026, ‘’Toutes les nuits du monde ‘’ de Michel Mouffe (…) d’autre part, dans le parc une nouvelle pièce en céramique de Frédérique Fleury; une installation de Paul Raguenes et, çà et là d’autres petits trésors.
Le centre d’art contemporain de Perpignan ACMCM nous a habitués à des modes d’exposition aux changements d’échelle divers, qu’il s’agisse de la relation à ses espaces, aux contenus, ou encore aux engagements artistiques. Installée dans cette ancienne structure maraîchère, l’exposition actuelle privilégie le thème de la nature, en occupant le vaste rez-de-chaussée et une mezzanine latérale. Il s’agit de L’eau qui dort, conçue par une jeune commissaire d’exposition indépendante, Juliette Belleret, qui réunit cinq artistes dont les pratiques dessinent une géographie sensible du vivant : Anna Coulet, Philippe Domergue, Marie Havel, Safia Hijos et Jérémy Liron. À travers le dessin, la peinture, la céramique, l’installation, l’exposition compose moins un paysage qu’un état d’attention. Les œuvres dialoguent avec les volumes tout en construisant un parcours où alternent immersion et découverte.
Comme l’indique la commissaire dans sa présentation : « Il faut l’imaginer, l’eau qui dort ». Le titre agit comme une métaphore inaugurale. L’eau qui dort évoque une surface calme sous laquelle se cachent des mouvements invisibles. « Il suffit de dire son nom : L’eau qui dort, pour que ce silence devienne une ombre. On se tient autrement tranquille face à l’eau qui dort. On se tient sur ses gardes. On s’attend à ce que quelque chose arrive. ». Ce n’est pas l’eau spectaculaire des tempêtes ou des cataractes, mais celle qui oblige à ralentir le regard, à accepter l’incertitude et la profondeur du temps. L’exposition se construit précisément dans cet espace intermédiaire où la nécessité impose de troquer la contemplation pour la vigilance, lorsque le paysage cesse d’être décor pour devenir expérience.
L’ensemble de l’exposition construit par Juliette Belleret est étonnant en ce sens que sa scénographie suit les sensations qui lui sont propres, visuelles, sonores… Au centre, où sont installées les pièces conséquentes en céramique de Safia Hijos, elle y voit une « ligne de fuite obligée », en périphérie, quelques remous et clapotis. « On parle du murmure de l’eau. C’est comme un petit bruit là où la vision s’assourdit. » et le parcours va se poursuivre ainsi selon les mouvements sonores, visuels ressentis par la commissaire qui va faire de cette disposition sa propre exposition. Ainsi textes et sensations vont s’entrecroiser en trois chapitres : Cependant le jour se lève, Sur le bord de la route, Réminiscences. Les cinq artistes présentés chacun à leur tour partagent une de ces lignes où le dessin et la peinture sont prépondérants.
Nous retiendrons deux d’entre eux pour leur parfaite résonance avec le thème, particulièrement les œuvres de Marie Havel. Elle montre un travail original à double entrée. Deux séries se superposent dans l’espace (sur et sous la mezzanine) En attendant la mer et Jumanji. L’une est composée de petits formats réalisés à partir de matériaux (bois, pierres ?) par transfert d’encre d’une grande délicatesse mais pas que. Décrites comme des empreintes, la légèreté du résultat contraste avec la dureté de la pierre ou du bois et fait apparaître les traces d’une matière équivoque, voire inconnue, restituant à petite échelle une sorte de cartographie d’un paysage gigantesque qui aurait été saisi de haut. L’œil se promène de précision en gros plans, avec l’impossibilité de se situer à notre échelle corporelle. Est-ce alors l’écho d’une vague ou ce que la mer laisse traîner au reflux ? Ce n’est pas la question car la réponse nous est donnée dans l’errance poétique que veut nous faire partager Juliette Belleret, en nous conduisant d’ailleurs avec autant de bruissement sensible, à la série Jumanji, à l’opposé graphique de la première.
En effet, cette série de dessins au graphite ne souffre aucun aléatoire comme le transfert ; elle est appuyée, précise, « imitant » une technique classique plus que le sujet. Mais cette opposition n’est peut-être aussi qu’une illusion pour le spectateur. Car la précision des dessins est impressionnante sans pour autant imiter quelque paysage que ce soit, les motifs rappellent plutôt des pièces d’un univers de contes qui aurait été commenté par un illustrateur du XVIIIe siècle. Quels que soient les éléments qui nous ramènent à l’idée de paysage, une matière délicate ou précise vient nous faire perdre l’équilibre de la rationalité et l’impossibilité d’une reconstitution quelconque des attendus visuels ordinaires. Il semble qu’une forme de transversalité s’installe entre les intentions poétiques de la commissaire et les états plastiques de l’artiste. Même les constructions représentées et tracées à l’encre végétale semblent contribuer à la fragilité de scènes présentes, en suspens dans nos imaginaires, mais aussi vulnérables que peuvent l’être les évocations.
La disparité de traitement de ces images a interrogé le public, qui s’est demandé s’il n’y avait pas deux artistes différents, et la surprise vient de cette approche diffractée pour invoquer finalement une même chose : la forme comme possible, comme éphémère, celle que l’esprit formule et que fixe la main. Tout se passe dans ces réalisations comme si quelque chose de l’évanescence prenait l’aspect d’un argument. D’une part, la matière quelle qu’elle soit plus dure ou consistante d’En attendant la mer s’évapore dans un transfert d’encre qui les dépouille de leur matérialité originelle, de même, les constructions végétales ou représentées sous forme de cartes à jouer ou de pièces de jeu en suspension dans l’air prennent une assise, un poids visuel qui échappe à leur spatialisation. Cette brillante contradiction finit d’achever nos préjugés sur la question d’un style unique, et sur celle de toute orthodoxie de restitution d’un modèle.
Dans les chapitres imaginés par la commissaire, se côtoient avec plus ou moins de fluidité les prélèvements de bois (Relèvements, Eau sombre, ou les installations Château Borély et Conseil de discipline, assortis de tirages numériques sur bois) de Philippe Domergue, les tapis de céramique de Safia Hijos, dont les brins d’herbe s’hérissent dans une abstraction aquatique inspirée des marais, ou encore les pièces d’Anna Coulet qui a recouvert en deux endroits des portions de murs d’impressions numériques, sorte de grands « dos bleu » intitulés A corps jauni la terre attend la pluie. Ces tirages représentent des frondaisons vertes, vues du ciel, qui vont se confronter entre le plus grand et le plus petit, soit un ensemble végétal et son unité, la plus petite, la feuille, réalisée par gaufrage, et accrochée isolément en exergue.
La deuxième artiste dont il est question est Jérémy Liron dont les séries de peintures cadrées comme des plans filmographiques en plan américain, se succèdent sur deux longs murs dont celui de l’allée centrale. Le regard passe d’un fragment de paysage à un autre, ce qui fait dire à la commissaire : « C’est un peu comme regarder par la fenêtre d’une voiture en mouvement : un paysage en séquences – des arbres, des paysages de bord de mer, des plantes, des bâtiments. ». En effet, les toiles sont de format quasi identique, posées à hauteur des yeux, qui cherchent une complémentarité de la précédente dans la suivante. On peut imaginer que c’est ce processus de répétition des séquences qui a peut-être incité la galerie Eric Linard à présenter récemment une exposition de Liron dans le même espace que celui où étaient accrochées des toiles de Claude Viallat. Ses portions de paysages sont traitées avec une pâte épaisse, et des contrastes de couleurs qui évoquent la densité lumineuse d’un David Hockney ; les bleus, les roses, les verts intenses découpent l’air et les surfaces faisant des trouées géométriques dans lesquelles l’œil s’engouffre. Plus classique certes est cette manière de peindre, plus rassurante sans aucun doute dans le monde actuel, mais l’effet est un réflexe optique où le spectateur est contraint de reconstituer un paysage, pour lui-même, telle une narration anonyme à déchiffrer. De tous ces fragments, l’œil humain en fait une réserve de données, là aussi à la manière des joiners d’Hockney, sans privilégier le tout. En ce sens un certain continuum filmique est à l’œuvre.
Au terme de la visite, le titre apparaît comme une clé de lecture rétrospective. Sans cartel, sans auteur, avec pour seul renvoi de localisation et d’authentification, le catalogue. L’eau qui dort est une approche contemporaine pour comprendre le vivant, l’accumulation des savoirs ne suffisant pas, il faut aussi transformer nos modes de perception. En ce sens, même les reproductions ne sont pas légendées, il faut aller en toute fin du catalogue pour les trouver. L’option est originale, inconfortable, et contraint le visiteur à sortir de la relation duelle œuvre/regardeur. Comme l’affirmait Yves Michaud*, il y a fort longtemps déjà, l’actualité de l’art serait le fait de ceux qui le montrent plutôt que de ceux qui le font. L’exposition L’eau qui dort en fait la preuve en contrevenant aux habitudes antérieures qui consacraient ou confirmaient des artistes, qu’un thème ou une originalité personnelle singularisait. Plus concrètement, les principes de monstration habituels (formés par un tableau + son cartel, ou bien par l’œuvre, son cartel + un sujet de série, ou bien encore par des tableaux – y compris sans titre – pris dans une thématique globale) sont eux-mêmes pris ici dans un mode plus couvrant. Les œuvres attestent de l’imaginaire du commissaire, de son récit, et de leur propension à concorder avec une sensation, un propos politique, ou encore avec l’élaboration d’un écosystème artistique (l’exposition La vie climatique, actuellement proposée par le MAC Marseille est de cet ordre). Il ne s’agit pas pour autant d’une simple substitution de ce dispositif classique à un autre mais d’une globalité plus enveloppante au sein de laquelle, les œuvres entrent dans le processus créatif des commissaires, le spectateur doit rebrousser le chemin de sa nonchalance pour comprendre que ce qui est donné à voir appartient à un signe plus large relatif à l’objectif curatorial. Dans les chemins que trace la modernité, Juliette Belleret fait en sorte que les œuvres intègrent un parcours poïétique, où le temps et la lenteur sont requis pour évoquer une nature singulière, co-construite par son langage. Son paysage est celui d’une nature fictive et d’un acte critique dans un contexte saturé d’images rapides et de sollicitations permanentes.
I
Quelles œuvres d’artistes contemporains, connus de lui ou non, reconnus tout court, inconnus ou plus anciens (Cézanne, Delacroix…), Jérémy Liron n’a-t-il pas visitées, fréquentées, longuement et avec insistance, celle du regard et de la pensée ? Au point de déclencher l’écriture, de se retourner sur ses propres créations, avec pudeur, sans le dire jamais vraiment, de se retourner en lui-même, au point de s’éblouir ou, précisément, de ne pas l’être avec le soulagement de s’inscrire dans la lignée ou les stations d’une existence marquée par autant de couleurs, de formes et d’horizons.
Et la qualité d’écriture de Jérémy Liron n’est de loin pas la moindre des choses. L’écriture ne se fait pas sur les œuvres, mais d’emblée en elles et avec elles. Son regard les refait. Écrire, c’est pour Jérémy Liron regarder, mais autrement. Non pas se détourner et vaquer à ses affaires, mais se laisser interpeller. Pas exclusivement afin de voir mieux, comme on pourrait le croire d’emblée en lisant le titre donné à l’ouvrage, mais pour quelques raisons dont on aimerait faire l’hypothèse.
Et tout d’abord, le regard possède non seulement une histoire, il a découvert les œuvres de Simon Martin ou de Franscesca Woodman, et de tant d’autres, dans une période, la nôtre, dont on ne veut décidément pas voir la puissance créatrice, puis il s’agit pour lui, après ces promenades le long des murs et des cimaises, comme au long de la rivière de l’existence avec ses poteaux de halages, d’en épeler le parcours, d’en écrire le journal, en effet. Il y a déjà cela, qui n’est pas un mince travail, redoublant celui du premier regard. Et ce dernier exige, c’est au demeurant cela un regard, ce qui demande qu’on s’attarde sur lui, qu’on y revienne, qu’on s’en souvienne. Un regard est une mémoire à portée d’yeux. Et bien sûr, il suffit dans ce contexte-ci de remplacer (mais il n’y a même rien de semblable) le regard par les toiles ou les œuvres, puisqu’elles regardent et nous interpellent (elles possèdent le langage secret de leur réalité, celle de leur essence spirituelle qu’on va s’efforcer non pas de mettre en phrase, mais de débusquer là et de comprendre comment elles se forment en une phrase. Autrement dit, une manière de s’articuler.
D’autres phrases, celles que lit Jérémy Liron, aident à accéder aux phrases dont les œuvres sont les extensions autant que l’expression. On est impressionné par les lectures de l’auteur et de l’artiste, par leur qualité surtout, et enfin par leur pertinence qui n’est jamais d’illustration, de décors, mais en raison de leur capacité à forer dans le « propos » afin d’extraire son objet qu’est toujours une œuvre. Pour autant, cela va de soi, ici, à la lecture, les œuvres peintes en particulier ne se ramènent pas (ne se réduisent pas, pour finir, comme pour dire ce qu’elles sont, ce que par nature elles ne peuvent non par impuissance mais par excès de sens formuler) à des mots ou des phrases. Celles-ci les font juste parler, leurs paroles les ramènent à elle. Chercher la phrase est une méthode.
II
On ne salue pas suffisamment les artistes pour leur capacité à parler de leur art. D’habitude, en vertu d’on ne sait trop quel mérite que l’on tire d’une incapacité, on célèbre le contraire (moins l’artiste sait en parler, plus son œuvre doit être puissante…). Certes, on comprend que certains artistes se déclarent incapables de parler de leur travail. Il n’y a là rien à critiquer. Mais ceux qui parviennent à en parler, et mine de rien, ils sont nombreux, pensons seulement à Bacon, Bram van Velde, Giacometti, le font souvent de manière remarquable. Le mieux, il est vrai, est pour un artiste de s’instruire auprès de la parole des autres. Comme Baudelaire avec Delacroix et Wagner. Les taiseux ont leurs raisons. Mais un artiste ne doit-il pas dire un peu, afin qu’on puisse s’intéresser à ce que justement il ne dit pas ! Ou qu’il lui est impossible de dire. Pas nécessairement par interdit, mais justement parce que l’art en son ressort se tient dans (et comme) cette impossibilité même. Et, parfois, cet impossible se fait si dense et abondant, on le devine à l’enflure emphatique de la rétention, que la tentative de la moindre esquisse de phrase aboutit à un bégaiement. Et l’histoire de l’art, de la littérature en particulier, a connu bon nombre de bègues. Néanmoins, dans l’absolu, l’artiste crée l’image et il se met éventuellement à parler ensuite et à sa suite, là où elle se défile. De sorte que, par quelque bout qu’on prenne les choses, parler, ou ne pas pouvoir le faire, peu importe donc, de ses œuvres, c’est faire se rejoindre en soi le silence de l’œuvre. En elle, un type de silence, dense avons-nous suggéré, une essence spirituelle, un dire retenu, retourné, fait un avec le bout de phrase qui parvient à s’échapper de l’œuvre.
Et pour à la fois participer au déploiement et à l’exposition des œuvres, il est requis d’en passer par celles des autres, dont il est sans le moindre doute plus facile de parler.
Jérémy Liron est un artiste, pleinement, qui regarde les œuvres des autres, assidûment, et surtout un artiste qui lit (combien d’artistes lisent, combien de musiciens, puissants techniquement, n’avons-nous pas rencontrés et avec lesquels on a conversé en constatant que très souvent ils ne savaient pas ce qu’ils jouaient, ainsi, par exemple, interpréter les Kreisleriana de Schumann en ignorant le nom de Hoffmann et plus largement des problématiques romantiques ? – de quoi alors la musique « parle-t-elle » ou pourrait-elle parler, et n’en est-il pas de même des autres arts ?). Jérémy Liron n’est heureusement guère dans ce cas, hélas très général.
Pourquoi ? Parce que la pratique de l’art ne fait qu’un avec celle de l’existence, sans cesse fouillée, interrogée, alors même que ses visages et ses figures se dérobent. La multiplicité des visites, qui sont de visitations, qu’effectue Jérémy Liron auprès des œuvres des artistes actuels comme ceux du passé donnent un effet de points de vue multiples, de travelling le long de moments d’existence, ces images dérobées, mises en boîte, se dit-on, afin qu’il soit possible de les étudier. Une œuvre, les musées ne le permettent plus actuellement en raison de leur fréquentation, doit être regardée longtemps, et elle seule. Pour une autre, on reviendra le lendemain. Tout va trop vite au musée, comme d’ailleurs au concert En revanche, la magie, pour une fois le mot n’est pas trop fort, du livre, du disque, permet de s’attarder, de se coucher devant une comme après un réveil confus en en rejoutant sur l’impossibilité de se lever. À cet égard, il faut renverser (retourner !) la thèse de Walter Benjamin concernant la reproductibilité des œuvres d’art. Car l’unicité de l’œuvre au musée est contrariée par la vitesse qu’elle exige actuellement du regard que l’on peut porter sur elle.
Certes, tout dans la création artistique est fragmenté, et au fond, c’est une impression, les liens sont faits. Le livre de Jérémy Liron est un livre de liens, avec les autres artistes comme en lui-même, cette façon de s’articuler ou de s’assurer de la justesse d’une articulation, celle d’un geste, d’un mouvement, d’un regard sous le bon angle, etc. Certes, il n’y a jamais que des traces (Le Goût des traces, après une exposition de Kattinka Boch), mais elles sont la preuve du réel. La réalité ne les voit plus, elle passe. Le réel supporte en revanche leur inscription (le souvenir des Femmes d’Alger de Delacroix, par exemple). Voir est temporel, c’est certain, mais aussi réflexif (la dimension du retour dans la pensée, grâce à elle). Néanmoins, tout se joue dans une image, à l’instant, im Augenblick, comme dans À une Passante. Il faut guetter, que le regard soit disponible dans sa passivité active. De même, tout se joue non pas sur mais dans une note en musique (il faut la soulever, la retourner). L’expérience négative est celle de croiser un regard sans y rien comprendre, de ne pas voir le paysage, de ne pas assister (être présent à…), en vérité de ne pas entrer dans ce qu’on voit afin de le considérer de l’intérieur.
Si le regard, quel qu’il soit, n’effectue pas ce tour sur lui-même, alors il portera toujours sur ce qu’il voit ou croit seulement voir, il n’entrera donc pas dans l’image, ne pourra rien y voir et ne saura pas en tirer les phrases, pas davantage en faire le récit comme Ulysse revenant des Enfers, cette source réelle de l’art (les figures) et de la littérature (le fictionnement qu’est la pensée).
À Perpignan, certaines expositions ne se regardent pas seulement : elles se ressentent. Avec “L’eau qui dort”, présentée du 14 mai au 31 juillet 2026, le centre d’art Acentmètresducentredumonde propose une traversée immersive dans des paysages qui murmurent autant qu’ils alertent. Le titre intrigue, presque menace. Il évoque un calme trompeur, un silence chargé de tension. Et c’est précisément dans cet entre-deux que se déploie le parcours imaginé par la commissaire Juliette Belleret.
« Il faut l’imaginer, l’eau qui dort. Il faut la regarder », confie-t-elle. « Ce silence n’est jamais vide, il contient déjà une transformation, peut-être une rupture. » L’exposition s’inscrit dans cette idée : derrière l’apparente immobilité du paysage, quelque chose travaille, évolue, parfois se fissure.
Une immersion entre rêve et alerte
Dessins, peintures et installations composent une scénographie qui engage le corps autant que le regard. Le visiteur avance avec précaution, comme sur un fil fragile. Juliette Belleret parle d’« une mise en présence corporelle et sensible du paysage ». Chaque œuvre devient un seuil, une invitation à ralentir et à observer autrement.
Les artistes réunis partagent un lien fort avec la nature, souvent nourri d’histoires personnelles. Anna Coulet, issue du monde agricole, explore les relations invisibles entre humains et plantes. Philippe Domergue, qu’il qualifie lui-même de « paysan de l’image », travaille la matière comme on cultive une terre. Leurs œuvres interrogent une cohabitation fragile, parfois mise à mal.
D’autres propositions ouvrent des refuges inattendus. Les micro-paysages de Marie Havel, nichés dans des boîtes, offrent des respirations poétiques. À l’inverse, l’installation de Safia Hijos convoque une nature plus brute, presque sacrée, où la matière évoque les cycles d’effondrement et de renaissance. Quant aux toiles de Jérémy Liron, elles suspendent le temps, entre mémoire et perception.
Pour Juliette Belleret, l’enjeu dépasse la simple contemplation : « Je pense chaque exposition comme un récit sensible. Ici, l’espace devient une page où se croisent émotions, inquiétudes et formes de réparation. » Une écriture vivante, qui fait dialoguer les œuvres entre elles, mais aussi avec le visiteur.
Malgré un thème exigeant, l’exposition ne sombre jamais dans le pessimisme. Elle propose au contraire une attention renouvelée au monde. Elle rappelle que regarder un paysage, c’est déjà prendre position. Et peut-être, commencer à agir.
Le vernissage a eu lieu le mercredi 13 mai à 18h30. Une occasion idéale pour plonger dans cette expérience singulière, où l’art révèle ce que l’on ne voit plus.
Regarder l’image qui regarde, par Éric Barbier in revue Diérèse, automne 2023
Jérémy Liron, peintre, auteur, enseigne ici une histoire du regard, une image de l’histoire, image qui ne pourrait rester neutre ou innocente, dans ce calme où nait ce que l’on choisit de voir, quiétude où « s’entend encore quelque chose de l’espace et du temps ». L’essai s’expose dans une prose que les vers dérangent.
Que voit-on sur une photographie témoignant d’un passé, cette image venue d’avant ? « ou la matière du temps lui-même que la photographie révèle », cette matière que le présent constitue si difficilement, comme une hypothèse peu partagée. Un témoignage ? « S’approcher de celle qui a vu », de Marie-Madeleine, par un lieu photographié dans un autre siècle, à la naissance de l’image, sinon, pour ce qui ne pourra que rester incomplet. « Toute image nomme une distance ». Regarder, nommer, croire ainsi désigner, exister, mais qui être lorsqu’on est soi-même l’objet du regard ? Nomination : un privilège qu’ignorent ceux (et ce qui) sans répit échappent à l’image, n’en restent prisonniers. « Y a-t-il dans le geste du regard l’idée qu’il n’y a d’alternative que tuer ou être tué ? ».
« Il faut que le regard se charge de ce qu’il ne pourrait dire », celui qui porte le regard ne sait pas encore ce qu’il recherchait, ni ce qu’il découvre, dépourvu des secours de ce qui pourrait fixer une vérité, pour compléter « le récit qui nous tient lieu de mémoire ».
« Car l’image saisit un geste ». Et la réflexion, ainsi ouverte aux dimensions du poème, de cet immobile retrouve le mouvement, en des temps qui se succèdent.
« Le sujet principal de mes peintures, c’est le regard »
Par les temps qui courent, par Mathilde Wagman, France Culture, 9 juin 2023
La peinture de Jérémy Liron est presque entièrement centrée sur le paysage. A partir d’une documentation photographique, le peintre détruit puis recrée le paysage par la peinture, ce paysage réel qui a déjà été mis à distance par la photographie. Ses tableaux sont pareils à des arrêts sur image, fragments d’un réel transformé, improbable et pourtant familier.
Jérémy Liron vous êtes peintre et vous exposez ces jours-ci une série de tableaux à la galerie Isabelle Gounod à Paris.
Si l’on essayait de décrire l’émotion qu’ils suscitent, on pourrait dire qu’il y a d’abord comme une sensation très forte de l’été. L’odeur du maquis, l’aveuglante lumière d’un soleil qui percute un mur blanc, les arbres et les cactus aux verts chatoyants, dont les masses contrastent avec l’architecture moderne de belvédères aux lignes droites. Ici, la grande terrasse angulaire d’une bâtisse dont l’un des murs se détache dans l’ombre sur la droite du tableau, là le regard d’un balcon et notre regard aimanté par une trouée de mer au second plan.
Plus loin encore, cet immense mur d’un bleu éclatant sur lequel vient se porter l’ombre noire d’un feuillage. Mais à trop vouloir décrire vos tableaux, on risquerait, piège bien connu, de les réduire à ce qu’ils représentent. Hors l’émotion qu’ils suscitent nait tout autant de leur matière, des rapports de contrastes, des traits de pinceaux, des aplats, ou encore du jeu sur les formats, petits ou grands. En somme, de la grammaire spécifique et singulière de votre art.
Cette exposition elle a un titre, qui est une citation d’André Breton. Je cite, donc : « Et c’est assez pour l’instant qu’une si jolie ombre danse au bord de la fenêtre… » Citation suffisamment singulière, évocatrice, pour que je ne résiste pas au plaisir de vous demander ce qu’elle évoque pour vous. Pourquoi vous l’avez choisie pour cette exposition-là ?
(…)
"Neither quite the same nor quite another…"
Jérémy Liron demonstrates exemplary clarity when describing his working process—hardly surprising for an artist whose work is distinguished by its remarkable legibility. Let us hear him:
“I have been working on this body of work since last August–September, conceiving it as a Suite Panéry. This is the generic title I give to this sub-group within a series I have been pursuing for twenty years, entitled Landscape(s), with each painting numbered. Thus, the first painting in this Suite Panéry is Landscape No. 289, and I am currently working on numbers 298, 299, and 300.”
This commitment to an open-ended endeavor, along with the vertiginous numbering that accompanies the titles, may call to mind Roman Opalka’s celebrated cycle Description of the World. This singular body of work consists of a series of paintings covered with meticulously inscribed numbers, each invariably titled Detail. Each new canvas extends this numerical “accounting” toward infinity, following a process intended to be interrupted only by the artist’s death.
Far removed from Opalka’s closed and ascetic universe, Jérémy Liron’s work opens instead onto nature. Yet these are not expansive landscapes in the Romantic or Symbolist tradition. The artist focuses on fragments—most often trees—which he revisits relentlessly. Trunks and branches are observed from varying angles, from afar or in close-up, at different distances, isolated or combined with peripheral elements. Liron enjoys producing versions that are extremely close to one another, like a musician practicing scales, never tiring of the exercise. Systematically deployed, these motifs form a series: an investigative practice, a formal inquiry that rejects any belief in the singular masterpiece. What is at stake here is continuity—not narrative, but optical.
This “visual wandering,” in which an apparent descriptive impulse conceals a desire to grasp analogical structures and their transformations, constitutes a defining feature of modernity: the shift from theme to motif, from description to construction. One might even be tempted to think that the theme of the series becomes a mere pretext, so firmly does repetition of an element assert itself as the rule rather than the exception.
Confronted with these images, the viewer is seized by a sense of unreality. The gaze glides over these representations of nature, never far removed from the urban realm—at once accessible and elusive, immaculate and frozen. The radiant light, the intense and uniform blue of the sky, and the total absence of human presence evoke a theatrical set. More than singular landscapes, these images enact a true transposition—indeed, a transplantation—of reality into an artifact, one that proudly asserts its artificiality. This is underscored by Liron’s series of small-format works, which pair a landscape with a work of art by one of the great masters of modernity—Léger, Miró, Matisse… Does nature imitate art?
Itzhak Goldberg
Pour cette exposition présentée au Fort de Vaise, Jérémy Liron propose un parcours pensé comme un dialogue entre architecture, regard et mémoire. Vue(s), vigie, voisinages interroge les points de vue qu’offre le Fort de Vaise sur son environnement et notamment sur le Fort Saint-Jean, situé en vis-à-vis de l’autre côté de la Saône.
Le visiteur est invité à déambuler entre œuvres et architectures, dans un itinéraire rythmé par des dispositifs en bois rouge, fils conducteurs discrets mais essentiels à la lecture de l’espace. L’exposition s’ouvre sur une maquette rouge brique, fusion imaginaire des deux forts, reliquaire de pensée et poste d’observation, habitée par un personnage aux jumelles qui accueille les visiteurs. Elle se poursuit par une succession de peintures qui prennent appui sur l’architecture du fort, tout en dialoguant avec les œuvres de Tony Garnier et de Pierre Renaud exposées à leurs côtés.Le parcours se prolonge dans les casemates, salles voûtées inscrites au cœur de l’architecture du Fort de Vaise. Les compositions, souvent centrées et cadrées à la manière de fenêtres, tissent des correspondances subtiles entre intérieur et extérieur. Le Fort Saint-Jean se dévoile ainsi au loin, prolongeant le jeu de regards entre espace représenté et espace traversé.
La dernière salle attire l’attention vers des paysages plus éloignés, presque étrangers. Des œuvres végétales de Jérémy Liron, dialoguent avec des toiles issues des collections, signées Thérèse Contestin ou Pierre Combet-Descombes. Malgré leur éloignement dans le temps et le contexte de création, ces œuvres se répondent par leurs feuillages, leurs clairières et leurs formes fragmentées du vivant.
L’exposition se construit comme une déambulation dynamique, où se retrouvent les motifs récurrents de l’œuvre de l’artiste : architecture, vues frontales, l’image dans l’image. Entre présence concrète et projection mentale, l’exposition invite à penser ce que signifie voir, observer, habiter un espace.
Pour la quatrième année consécutive, la Galerie Masurel réunit une sélection d’artistes autour d’un format aussi simple que riche de possibilités : le papier. L’exposition collective Dream Paper 4 prolonge cette exploration libre, intuitive et vivante d’un support accessible, propice à toutes les expérimentations.
Chaque année, ce rendez-vous devient un laboratoire visuel, un espace d’échanges entre artistes confirmés et figures émergentes de la scène contemporaine. Cette nouvelle édition fait dialoguer les univers de Flora Castiglia, Jeffrey Cheung, Sune Christiansen, Idir Davaine, Gabrielle Graessle, Rhys Lee, Gwendal Le Bec, Jérémy Liron, Maite y Manuel, Bruno Ollé, Julian Pace, Ricardo Passaporte, Luis Pérez Calvo et Motonori Uwasu.
Leurs œuvres, traversées par la mémoire, la culture populaire, l’abstraction ou le langage du corps, composent une cartographie sensible du regard contemporain. Le papier devient ici terrain d’observation ou de fiction, support brut ou surface graphique, fragment de narration ou outil de résistance.
Cette contrainte du papier – librement interprétée – invite à la fois au jeu, à la rigueur, et à la liberté. Matériau accessible, mobile, familier, il incarne une volonté de rendre l’art plus proche, plus immédiat. Dans une époque saturée d’images numériques, Dream Paper propose un retour à la main, au geste, à la matière.
Petits formats ou grandes fresques, pages de carnet ou papiers industriels, dessin, collage, peinture, techniques mixtes : cette quatrième édition confirme le désir de la galerie de défendre une création contemporaine ouverte, joyeuse et sans hiérarchie de médium.
Année après année, Dream Paper s’impose comme un espace d’expression où les artistes, chacun à leur manière, réinventent le monde à partir d’une simple feuille.
Jérémy Liron, Claire Chesnier, Tania Mouraud et Pierre Buraglio
Commissaire : Anne Favier
A partir du XVI° siècle, le paysage s’instaure en « genre pictural » – selon la classification académique – : les fonds des tableaux remontent vers les premiers plans et ouvrent de nouveaux champs iconiques.
Structuré par le regard, le paysage est tout d’abord une opération de cadrage, une projection des dehors, une construction des lointains, une étendue imaginaire, un processus d’artification : voir le monde en paysages. Les artistes ne cessent de reconfigurer cette invention et de questionner les horizons de la fabrique du paysage.
Peindre d’après le genre paysage qui fait effraction dans les œuvres de Pierre Buraglio. L’artiste s’arrange pour mettre en pièce la dramaturgie du pittoresque et revenir au tableau. Il décompose par exemple la mécanique de l’horizon : raccordés, montés, encadrés, deux pans se distinguent en plans et construisent l’illusion d’un panorama, mais simultanément, ils nous ramènent à la matérialité de leurs surfaces. D’autres pièces rapportées – cadres de sérigraphie tronqués, fragments de peintures de paysages glanées, repentirs d’architectures… – sont assemblées en paysages de peinture. Par ailleurs, les sections de châssis vitrés, montants/verres colorés – relèvent de paysages métonymiques et nous rappellent que « la fenêtre est le lieu du paysage. Le paysage a lieu dans la fenêtre ». Par la fenêtre, le « dehors » se fait paysage. La veduta est dès-lors enchâssée dans l’iconique porte de 2 CV, comme un cadre, comme un tableau. Elle contient la mémoire (le « vécu » selon l’artiste) des paysages parcourus. Sa fenêtre qui a vu défiler les paysages qu’elle a recadrés est rehaussée de peinture. A sa surface, par recouvrement, les coups de pinceau filés à l’horizontale opacifient le plan vitré et font écran à l’illusion perspective. « L’horizon c’est la peinture » rappelle Pierre Buraglio.
Chez Jérémy Liron, les lumineux ciels bleus comme des écrans picturaux tendus à la surface de la toile font écho à cette paradoxale « profondeur plate » chère à Buraglio. Liron partitionne également le paysage, il agence, syncope et fait décoïncider les plans, il dépeint le paysage comme architecture du regard. Le conventionnel format paysage est souvent renversé : dans les compositions verticalisées les éléments paysagés contrastés sont diversement recadrés par des structures qu’ils prolongent, débordent, redoublent. Cadres et fenêtres façonnent les Paysages de Jérémy Liron et surlignent leur rythmique géométrique. Parallèlement les motifs végétaux et organiques viennent perturber la quadrature de cette trame. L’artiste laisse aussi transparaitre aux bords des tableaux, le feuilletage des sous couches, les dessous de la peinture. Ainsi, les profondeurs représentées sont-elles rabattues en plans colorés à la surface de la représentation. Par endroits, le paysage en hors-champ est encore projeté en ombres et lumières.
Les photographies de l’ensemble Borderland de Tania Mouraud sont également des projections lumineuses du paysage environnant. Au milieu des champs, sur les bords des routes, ce sont les ponctuations scintillantes de bottes de paille enrobées dans du plastique brillant qui ont attiré son regard. Leurs surfaces réfléchissantes opèrent comme des dispositifs photographiques. En recadrant en gros plan leurs surfaces photosensibles, Tania Mouraud éclipse la matière végétale en décomposition et dévoile, sur le motif, le paysage en contre-champ. Comme des peaux, leurs textures, froissées, plissées rappellent aussi les stries du pinceau. Les photographies pictorialistes de l’ensemble Borderland troublent les regards. Mise au point flottante du dispositif optique : le paysage se dissout en phénomènes lumineux impressionnistes.
Le motif du paysage est encore suspendu dans les sillages des nappes de couleurs enchevêtrées à l’encre sur papier dans les œuvres de Claire Chesnier. Les lumineux champs colorés modulés de manière organique dissolvent tout point focal, et par là-même, tout repère spatial. A perte de vue, les encres effilées plein cadre, comme des fragments d’immensités diaphanes, s’ouvrent à la contemplation. L’expérience d’une profondeur de champ hors limite confère alors au sublime. « Je suis debout, face à ces grands panneaux, ces champs […] jouant de dégradés, de rivages, d’halos […]. Je bascule dans la sensation. Je perds la perception du sol. Gagne un vertige … », écrit Jérémy Liron. De ces abstractions verticales, à l’échelle du corps, affleurent des horizons liquides et l’impression d’évènements météorologiques pigmentaires qui se déploient, d’une œuvre à une autre. Au-delà de toute représentation, les étendues atmosphériques sont des paysages géologiques où les surfaces découvrent les stratigraphies diffuses de voiles de couleurs cristallisés qui rayonnent dans l’épaisseur du papier.
Les œuvres de Pierre Buraglio, Claire Chesnier, Jérémy Liron et Tania Mouraud, mises en regard dans cette exposition, réinvestissent les lieux communs du paysage, en redéfinissent les points de vue et en dévoilent les hors-champs.
Au profit de SOS Méditerranée et des Sauveteurs en mer
Commissaire : Bernard Collet, avec Anne Favier
Commissaires : Thomas Levy-Lasne et Nicolas Gausserand
Commissaire : Martin Bruneau
Dialogue avec Anne Favier
Commissaire : Hélène Launois
et du 27 novembre au 3 décembre, Latelier, Sète
Collection Jacques Font
Collection municipale de Vénissieux
Collection Jacques Font
Dialogue entre les collections du Frac Auvergne et le Musée Paul Dini de Villefranche-sur-Saône
Commissaires : Numa Hambursin et Amélie Adamo
Commissariat : Anne Dary
Exposition salle de la Pointe, dernier étage de l’Abbaye, du 3 décembre au 15 janvier
Commissaire : Anne Favier
Commissaire : Marie-Agnès Charpin
Conférences et tables rondes les 23 et 24 mars, Cité d’art et du design de Saint-Étienne
Commissaire : Anne Favier
Commissaire : Odile Viale
Commissaire : Thomas Lévy-Lasne
Contre-événement, dimanche 23, en conversation avec Gilles A. Tiberghien
avec Iris Levasseur, Jérémy Liron, Christine Barbe, Clément Bagot, Karine Rougier, Claire Chesnier, Eva Nielsen, Abdelkader Benchamma, Olivier Masmonteil, Massinissa Selmani et Medhi Georges Lalhou
Commissaires : Philippe Piguet et Valérie Bach
Né en 1980 à Marseille
Vit et travaille actuellement à Lyon
Référencé par Documents d’Artistes Auvergne-Rhône-Alpes
Collabore avec les galeries Eric Linard et Ceysson & Bénétière.
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