Un malin principe d'instabilité absolue qui ne respecte rien, infuse dans l'enthousiasme d'être au monde une prégnante mélancolie.
J'ai laissé passé le reflux pour visiter dernièrement l'exposition Bonnard. Que s'efface progressivement tout ce que l'on sait, les anecdotes, Marthe, le quotidien, pour s'attarder à l'essentiel : la surface.
Comme Proust écrivait le roman de son impossibilité à écrire un roman, Bonnard y peint l'expérience, prolongée dans la durée, de l'extinction du sujet. « Chaque énonciation présuppose et contribue aux présuppositions d'un monde mental conjointement habitable, et même si de tels mondes ne durent qu'autant qu'il y a garantie d'un foyer commun d'attention, il ne faudrait pas croire qu'on puisse sans encombre se dispenser de les entretenir. » (E. Goffman)
La surface sur laquelle le sujet semble pareillement au cataleptique Valdemar de Poe perdurer dans l'épiphanie de son « impossibilité nauséeuse de mourir » est l'endroit où, par commotion, intuition et raison se règlent réciproquement. En ce sens, l'admirable projet de Bonnard c'est d'avoir œuvré à peindre le support, l'endroit du retournement par lequel se manifeste la précarité du sujet, de ses objets ; dans ce qui tient à la fois du flamboiement et de la combustion.
« Car le principal sujet, c'est la surface qui a sa couleur, ses lois. »(P.B.) Et nul besoin de citer Valéry.