Semaines n°8
Il y a dans toute désertion, dans toute élancée, une translucide indifférence travaillant à abolir l'espace et le temps.

Parti pour deux mois à travers les Etats-Unis en van avec un groupe d'amis qu'il photographiais chaque jour, nus, Ryan McGinley affrétais un continent de ses mythes, de ses étendues, de ses échappées belles, prolongeait le voyage de Robert Fank ou Richard Avedon, de Stephen Shore, de Wenders et de Larry Clark, ménageait un gouffre sur l'étendue étale du temps pour, sans le savoir, y plonger un lacustre axolotl.

Il y a dans ses captures, quelque chose de l'ordre de ce moment spécial qui détermine l'aventure du Grand Maulnes avant le fracas de la guerre qui devait abréger l'élan de son auteur, la teneur particulière de ces derniers instants de candide quiétude, d'insouciance et de liberté, la suspension de tout . Face à ces tirages nous faisons l'expérience de cette nostalgie toute photographique d'un moment qui fatalement déjà n'est plus, une échappée en rêve et en van. L'image photographique a cette capacité à révéler ce qui fugitif et évanescent, n'existe pas d'avantage qu'une impression, et aussi cette impuissance à les retenir à la réalité. Demeure un trouble mirage : Un road trip trop beau pour être vrai. « La douceur fleurie des étoiles, et du ciel, et du reste descend en face du talus... » Et comme l'air autour fait écho a nos aspirations éperdues, notre enthousiasme.

Rayan McGinley, galerie du jour Agnes b,

www.ryanmcginley.com