Il y a cette annonciation de Francesco del Cossa popularisée dans le milieu de l'art par la lecture qu'en fit l'historien Daniel Arasse évoquant notamment l'escargot surdimensionné que le peintre plaça au pied de la composition, comme glissant en dehors de l'image sur le cadre du retable. Typique de ces tableaux à clefs, l'escargot tout à la fois symbolise la Vierge, comme la colonne située au centre symbolise le Christ, mais comme un admoniteur il vient produire un décollement au sein de la fiction, un appel à qui regarde, signifiant qu'il ne s'agit ici pas d'une vérité mais de la représentation de cette vérité. Derrière chaque chose un message est à lire. Lumière crue, découpes brutales, comme cernées et richesse des textures, marbres et plis, l'œuvre est caractéristique de l'école de Ferrare et de son maniérisme déjà Baroque assez peu à mon goût. Mais un autre détail en creux de la scène dans le dégagement du bras faisant l'annonciation et comme surpris là dans le champ de l'histoire : un chien dans la rue, passant seul, comme un chien errant ou comme trois siècles plus tard des artistes se représenteraient, marginaux fabuleux ou clochards célestes dérivant dans la ville. Un miroir tendu à soi-même. Car en dehors de l'histoire, simple témoin de passage, soumis au poids de la vie d'ici et à ses errances on l'est bien toujours un peu soi-même. J'ai d'ailleurs fondé là-dessus une part de mon affection pour les bêtes dont il me semble parfois partager le regard un peu vague sur nos existences et leurs équipements. J'avançais, étranger aux hommes, dans les interstices de leurs commerces, les intervalles de leurs gestes. Pour un éclat de voix ou un sifflement j'aurais levé la tête, lancé un regard fatigué sans que mon corps interrompe pour autant son mouvement, pareil à un navire dérivant sur son erre.