L'aile principale est exposée au sud, longue de 120m elle contient les 163 chambres (dont 9 doubles) avec leur cure, la partie Est (sous-officiers) compte 6 niveaux tandis que la partie Ouest (officiers), plus courte, en compte 9. Dans un avant-corps central sont disposés, en façade sud et sur les trois premiers niveaux du bâtiment, la bibliothèque, les salons, l'accueil et la salle à manger des militaires. Cette aile principale, au sud, est reliée à une aile nord, transversale à la pente et regroupant l'essentiel des services du bâtiment: cuves à mazout et chaufferie au 2e sous-sol, buanderie au 1er sous-sol, cuisines et économat au rez-de-chaussée, service médical au 1er, chambres et espaces des sœurs et infirmières au 2e. Cette aile nord est couronnée par la chapelle du sanatorium au 3e étage.
C'est étrangement beau et fascinant ces cent balcons individuels basculés dans la lumière, l'immobilité sourde, les toiles oranges, et sous la peintures blanche qui s'écaille, l'ancienne couleur brique de ce bâtiment moderne qui fut le premier à rompre avec l'uniformité claire. (avant d'être repeint en blanc en 1977, Le bâtiment formait ainsi avec le jaune du sanatorium du Roc-des-Fiz, situé 500m derrière, et le rose du sanatorium Guébriant, une véritable composition chromatique à l'échelle de la station.) Toujours, et ici peut-être plus qu'ailleurs, la conjonction de ces nombreuses individualités réunies dans l'habitat collectif me donne une idée émouvante et solide de l'humanité. La présence isolée de ce qui semble alors une île ancienne, le calme singulier qui y règne, tout concoure à vous maintenir dans les dispositions spéciales des grand rêveurs, des utopies belles. Le temps semble gelé. Dedans, les meubles abandonnés n'étaient pas encore pris dans la poussière et bien que totalement dépeuplé, des présences étaient partout. Comme un bateau fantôme, il semblerait que la nuit ça se repeuple de vieux malades, des officiers à galons début du siècle qui continuent en boucle le même rituel suranné. Un peu de l'île de Morel. (Me vient instinctivement cette image ramenée par un robot sous-marin, le salon d'apparat du Titanic les lustres comme des méduses retournés au plafond par l'air des ampoules.) Le grand bâtiment semblait avoir été déménagé en vitesse, des lits laissées en travers des couloirs et parfois dans une chambre sur une table un bouquet fané de fleurs, des cartes postales au mur à la droite du lavabo. Un livre ouvert retourné sur un chevet. Comme si les gens évaporés. On imagine un grand être majeur et noble vidé des êtres laborieux qu'il abrite. Et dans cette vidange le bâtiment lui même devient à l'image des montagnes un vieil habitant du monde. Bien sur il y avait un petit crime à pénétrer cette intimité dont il semblait à chaque porte qu'un habitant pourrait surgir. Pareil à l'escargot, les murs intérieurs sont un peu constitutifs de l'homme qui y habite, peau contre peau. J'ai peu poussé dans cette fouille coupable. Ce qui rend l'édifice attachant c'est aussi de considérer ses espaces, ses volumes et le soin porté à chaque chose. Les atmosphères, les vues, les compositions et les textures.
Les couloirs sont revêtus au sol de carreaux de grès cérame avec des plinthes à gorge facilitant le nettoyage, la partie centrale est revêtue de carreaux d'asphalte comprimé lesquels, moins sonores, atténuent les bruits de pas des circulations.
Dans le hall c'est extrêmement beau cette large ouverture circulaire prise dans un carré. (chaque long couloir est conclu à l'inverse d'un carré dans un cercle) Et au plafond les globes de verre soufflé suspendu à différentes hauteurs. D'où le choc en apprenant hier que le sanatorium, racheté par un promoteur, allait être revendu à la découpe, transformé en appartements de vacance. Déjà un film d'horreur à été tourné il y a peu dans les locaux désaffectés et la peinture noire passée aux murs, les traces de faux sang au chambranle des portes sans aucune considération pour l'œuvre dans laquelle ces conneries ont eu lieu, ça méduse. On pourrait s'en étonner sauf qu'on se rappelle que la villa Savoie devait être rasée pour laisser place à une école, que d'autres choses ont eu moins de chance, et qu'en ce moment même on matraque des tibétains qui prétendent avec un peu trop d'insistance à décider d'eux même. Ici la solution est sans doute la meilleure pour maintenir debout le curieux édifice.
Le Département d'Architecture du Centre Georges Pompidou a acquis en 2003 le fonds Pol Abraham qui conserve un grand nombre de dessins originaux, photographies et articles relatifs à Martel de Janville et aux autres sanatoriums du Plateau d'Assy.
Les officiers et sous-officiers disposaient d'un lit avec chevet intégré, d'un bureau en applique situés sous le châssis à guillotine, d'une chaise et d'un fauteuil. Ces éléments de mobilier étaient en tôle pliée laquée, facilitant le lavage et la désinfection. Une partie du mobilier, et notamment le lit à chevet intégré, est dessiné et réalisé par Jean Prouvé spécifiquement pour Martel de Janville. Les chambres des officiers sont légèrement plus grandes que celles des sous-officiers (40cm plus profondes) et revêtues d'un parquet mosaïque « Noël » sans joints, parfaitement hygiénique.
Aujourd'hui l'histoire est en train de se clore, qui sait où sont parti les meubles, et je suis persuadé être parmi les derniers à avoir pu examiner dans son état flottant ce qui est considéré comme une des sept œuvres d'architecture moderne remarquable dans la région Rhône alpes.
Le rythme de vie des patients, la discipline militaire reproduite dans l'enceinte du bâtiment et l'isolation extrême de la station donnaient au sanatorium l'image d'un lieu hors du temps, d'une société autonome d'hommes en sursit mais aussi d'un îlot de vie dans les hauteurs alpines.
les parties en italique proviennent de la base du site docomomo.