Dans les pas de Dubuffet.
« Pas de main de l'auteur ici. Rien que des tracés impersonnels et des coloriages sommaires en à-plats. » La phrase est de Dubuffet, les objets que j'ai sous les yeux sont les œuvres sur plexiglas de Jean-Marc Bustamante. Souvent, je me suis laissé aller à tisser des filiations, à jeter des ponts entre des œuvres à priori fort différentes, supposant une attention secrète portée par le second sur le premier et pourquoi pas quelque jeux de piste cultivé à l'attention d'une spectateur curieux lequel je prenais malice à incarner . (je les ai d'ailleurs toujours rangés cote à cote dans ma bibliothèque) Ca a commencé avec les qualificatifs de non-lieux, paysages, sites ou mires que j'employais indifféremment pour désigner les travaux de l'un ou de l'autre, considérant souvent que les définitions savoureuses que donnait Dubuffet à ces quelques termes constituaient les seules exégèses valables (bien qu'anachroniques) des travaux de Bustamante. Théâtre de mémoire ou Lumières . Jusqu'à rapprocher cette esthétique de l'entre-deux de l'équivoque des Mires de Dubuffet dont le terme renvoie d'une part à un « point de mire » c'est-à-dire la focalisation du regard sur un point précis dans une étendue continue et d'autre part à l'aspect des choses reflétées par un miroir. Le cycle de l'Hourloup e résulte de tracés, Zigouigoui, graffiti, ou griffonnages au stylo bic réalisés par distraction, de manière automatique au grès des conversations téléphoniques. Les entrelacs colorés, les biffures réalisées au feutre par Bustamante comme l'on en éprouve la pointe sur un coin de feuille ou sollicite la réserve par rature prolongée, sérigraphiés sur les plexiglas ne sont pas non plus des dessins stricto sensu. Ses formes découpées non plus. Plutôt de délicats relâchements de la vigilance. Un endroit où l'élégance et la négligence veillent réciproquement l'une sur l'autre. Là encore, Dubuffet en défini la réalisation : « agrandis par une main étrangère à laquelle il n'est demandé que de restituer le dessin en toute fidélité de manière que soit délivrée parfaitement l'allure cursive du feutre glissant sur le papier. Celle-ci est très particulière, très différente de celle qu'aurait une improvisation directe au pinceau sur la toile. » C'est autre chose assurément, un griffonnage intime, presque mesquin, agrandi, qu'un grand geste corporel emphatique. C'est que « les pas en avant sont acquis la plus part du temps au prix de renoncer à ce qui avait jusqu'alors paru indispensable. » La main de l'artiste, le travail physique et sa sueur.

Renoncer, appauvrir, donner forme à l'informe, autant de requêtes du père de l'art brut que je serais tenté de retrouver chez Bustamante à travers l'idée du minable, de l'improbable, de l'insignifiant qu'il s'agit d'affirmer comme présence. Peut-être, au delà de ses Lumières , Bustamante, à l'instar de Dubuffet, est-il plus récupérateur qu'on le croit, revendiquant la référence plus que la citation, renouvelant les façons de nous montrer le même matériau. Love me twice.

Exposition beautiful days Galerie Thaddaeus Ropac (Paris) janvier/février 2006 --

Kunsthaus de Bregenz (Autriche) janvier/mars 2006.