Partir à l'aventure, c'est discréditer les généalogies tant que les catégories par une syntaxe ruminante, faite d'aller/retours. Travailler une matière volontiers polysémique, polyphonique, disons pléthorique dont c'est le transit au sein de l'aventurier finalement qui modèle l'œuvre (Transit en tant qu'il est un espace de déplacement, un espace transitoire dont l'image réifiée porte encore la trace du mouvement auquel il est dévoué ; mais aussi lieu de l'assimilation, de la soumission du non-soi aux sucs qui en feront élément du soi) et auquel le travail du vers de terre ingérant sont territoire (territoire toujours inédit sauf à déboucher, par hasard, dans la galerie creusée par un autre*) donne une image sérieuse. Sur cette cartographie sympathique, celui qui se voit chaque jour renouveler les prouesses d'Amadis adopte avec aplomb l'étendard à la teinte indéterminé d'un seigneur sans royaume, c'est-à-dire à la possibilité de mille. Parcourant les épisodes de son épopée, où s'y infuse l'étonnement répété de celui que Jean-Yves Jouannais appellerait l'idiot mais pour lequel a ma préférence le surnom d'ingénieux Hidalgo : celui là qui, aux moulins à vent qu'on lui propose de voir étendus sur la pleine, répond : « Il paraît bien que tu n'es pas fort versé en ce qui est des aventures : ce sont des géants, et, si tu as peur, ôte-toi de là et te mets en oraison, tandis que je vais entrer avec eux en une furieuse et inégale bataille.» on s'avise que l'aventure c'est recombiner en permanence les éléments de la situation, fragments d'archives à tisser, comme l'homme se saisissant de l'homme pour en développer l'histoire. Et si l'on peut parler d'aventure humaine ce n'est qu'en ce que l'histoire consiste continuellement à pratiquer la réappropriation par l'usage.