Valenciennes 37
Val 17.05

Finalement le soleil est revenu griser les briques et nous sommes sortis marcher un peu à travers la ville. Tissus familier désormais dans lequel on se glisse et se situe. Je trouve un essai sur Yves Bonnefoy soldé de 25 à 8€ et un petit livre de Roger Caillois. Une glace sur la place tandis que le soleil se voile.

Nous marchons dans le parc où elle me montre du doigt les arbres dont je dois deviner l'essence. Je trouve un peu. Quelques spécimens sont énormes et majestueux, à la grâce rude des vénérables. Mais j'aime mieux les pins brûlés et suaves accrochés dans des tapis d'épines. Et me souviens de Ponge. Je crois avoir été influencé par Ponge, je me suis retrouvé dans sa manière d'épuiser les choses. Quelque part dans des chemises épaisses je retrouverai mes premiers textes tapés à la machine d'une version à l'autre sans que chaque retouche n'ai raison du premier jet. Un texte qui se développe en un bégaiement. (et là, après le bois de pin et la figue de Ponge, je pense à G. Lukas, le cerveau génère de l'hypertexte).

Pizza à emporter à la dolce vita et que nous mangeons dans la boîte en écoutant Basile. Sur son dos nu en négatif les tamaris dessinent les ombres de pays perdus...

Je travaille au soir le paysage 44 qui me fait un peu l'effet d'une tapisserie, je pense à Bonnard et à Matisse.

Val 18.05

Julie rentre par le train de 10h00. La chambre se vide. Je retrouve les contours ordinaires et les bruits étouffés du voisinage. La plaque ajourée des nuages glisse par dessus. La lumière varie sans cesse et l'on passe d'un gonflement radieux des volumes à un assombrissement soudain qui rassoit tout dans son automne. Cette indécision n'est pas sans effet sur les tempes. Rien de clair et éloquent ne passe à proximité de mon cerveau.

Un quai de gare on s'embrasse, on se revoit bientôt. J'achète mes billets pour dimanche décrocher Montrouge et retour mercredi. Je ne compte plus les trajets que j'ai fait ces derniers temps. Il y a quelque chose de l'errance, la quête du moi acceptable écrivait Depardon. Santana, Oyé como va. U2, bloody Sunday . The Whoo, substitute. Je réchauffe à la poêle -c'est incongru- une part de pizza. Déjeune en silence. Cela prend dix nonchalantes minutes. J'avance le journal de Virginia Woolf jusqu'à la page 200. En phase avec la situation désespérée qui nous fait au monde tantôt abandonné tantôt ébloui et plein de félicité, inégal, le journal semble s'employer naturellement au réel sous sa forme fuyante. Ne parle au fond que du caractère successif de l'existence, je disais. Radiohead. The Beatles, here come the sun. Je travaille au paysage 44. Trop touffu pour accéder à une certaine sérénité. Les papiers tout en surface y suffisaient mieux. Trop exubérant. Au soir je découpe une taule. Impliable. Je rainure et parviens à marteler un cône approximatif. Rien ne sera facile. Arriver au bout n'est même pas sûr. Vaia con dios, just a friend of mine.",["https://www.lironjeremy.com/lespasperdus/wp-content/uploads/blogger/qwjJ8iJ7ekg/RlPyrX6ALI/AAAAAAAAALE/k-dO03dlt-Q/s320/DSCF1042.JPG"]