Evénements élémentaires
Illustration : Roman Singer. Galerie Vallois.
Il s'agit d'adopter un ton bifide; à la fois intrigué, curieux et ironique, avec ce qui dénote une posture d'écoute assortie de son pendant critique (Le jugement esthétique n'est ni cognitif, ni purement sensuel, combinant ces aspects qui, de prime abord se contredisent, il est tout à la fois l'expérience (subjective) de sa capacité de juger et le plaisir à l'expérience de sa propre constitution. Instabilité du sens commun qui est autant un fait qu'un idéal).

Le ton qui fait le volume particulier de la sentence condensée et elliptique que lâche Jean-Marc Bustamante le lundi devant la dernière pièce qu'on lui soumet:

-- « Alors c'est ça l'art?! »

Là dedans: la critique de la faculté de juger.

Certains, à la question, soumettent des accidents.

« Peu de catastrophes sont à prévoir dans l'exposition organisée par la galerie Vallois ce mois de mai. Les accidents ici sont d'avantage liés à l'idée de l'expérimentation et de l'imprévu, car l'accidentel relève d'un processus de pensée interrompu ou débordé, de techniques et procédures plus ou moins (mal) maîtrisées générant des formes nouvelles ou des espaces de création. L'exposition regroupe différents types d'accidents, chacun reflétant des pratiques, des attitudes artistiques différentes. Dès les années 50, Arnold Odermatt , encore policier, constituait un répertoire photographique de crashs de voitures au croisement du document et de l'assemblage. L'histoire télévisée des attentats et des détournements d'avions des années 50 à nos jours est incroyablement reconstituée par la vidéo de Johan Grimonprez . L'œuvre de Richard Jackson met en jeu une pensée en acte qui renonce à la maîtrise de ses effets et génère des accidents. « Accidents in Abstract Painting » est un modèle réduit d'avion dont le moteur ne sera qu'une seule fois mis en marche par l'artiste pour éclabousser de peinture les murs du sol au plafond. Ces « machines à peindre » ne sont pas éloignées des prototypes de Panamarenko dont la beauté n'a d'égale que leur incapacité à voler. Roman Signer pour sa part semble organiser l'accident comme un rituel. Dans nombres de ses œuvres, explosions, collisions et précipitations s'expriment avec liberté et humour. Martin Kersels, lui, affectionne particulièrement les expériences qu'il ne maîtrise pas comme le montrent ses photographies de dégringolades dans la neige ou de chutes sur les trottoirs de Los Angeles. « Autoportrait en Coyote » de Boris Achour, trace d'une silhouette écrasée contre le mur évoque les meilleures scènes des éternels accidentés du dessin animé. Même quelques chefs d'œuvres classiques sont mis en danger par l'appareil photographique de Tim Davis dans ses œuvres de la série « Permanent Collection ».Quant à la bouteille de champagne continuellement secouée de Julien Berthier , elle maintient dans l'exposition la menace joyeuse d'une explosion sans gravité. »

Certains, à la question, soumettent des accidents, comme des amusements existentiels liés à l'expérimentation de l'imprévu, du plus ou moins mal maîtrisé. Et proposent le réel comme une idiotie, un fait singulier sans reflet ni double (clément Rosset in l'idiotie) dont l'évidence dérisoire, l'ironie élémentaire énoncent distraitement mais non sans conscience que derrière l'image, il n'y a rien.