Philippe Blanchon: La nuit jetée.
Tout récit est un récit de voyage écrit Michel de Certeau. Et réciproquement, tout voyage prend son sens à travers le récit que l'on en fait/que l'on s'en fait, ajoute Gilles Tiberghien. Tout voyage est un récit.

L'expérience monotone et fragmentée du paysage donne le sentiment d'une répétition sans fin sur laquelle finalement le temps n'a que peu de prise. D'où un effet qui n'est pas seulement de dépaysement mais de déracinement et qui maintient le voyageur sans appuis et sans amarres sur une ligne de flottaison imaginaire , dispersé.
Flip-flop.
Jacques marche vers le vague
terrain terrain.
Décapsulés les entrepôts.
Pour les laisser.
La progression des transitions.
Transit économique.
Une fois l'objet parcouru, le langage doit se retirer, emportant avec lui ce qui désormais se juxtaposera à l'étendue -sur fond de laquelle s'inscrit toute relation de sujet à objet- en un « avant --monde » intelligible. Ce reflux dessine des reliefs : « Jacques et Florence, mais aussi, Jan, Jean et Mary, dans le déroulement de plusieurs années, puis d'une seule journée et d'une nuit enfin, entraînent le récit, le commandent. Jacques, qui est l'anonyme -- mais aussi prénom de roi -- Florence qui est ville et femme, l'eau qui nous attire irrésistiblement (comme le dit admirablement l'Ismaël de Melville) qu'elle soit mer ou fleuve, veulent se présenter aux lecteurs comme leur possible propriété et réalité, humaine et esthétique. » Mais ce dont je me sens proche n'est pas seulement (pour plagier Segalen) cette recherche de ces mystérieuses cavernes du profond humain en lesquelles ces mondes divers peuvent s'unir à la plénitude. C'est aussi la possibilité, laquelle je crois profondément salutaire, à l'heure actuelle, de s'inscrite sans rupture, libéré des préjugés d'une quête de l'avant-garde, juste en reprise et en prolongement -simple décalage- en toute conscience de ses moyens, intempestif.
Retour.
Le premier départ
n'en connut pas
et ce second au goût amer
semblant fait d'inutilité
allait l'accorder en cette aurore
reconduisant en ce jour
et sa douceur maternelle.
G. Tiberghien -- Le principe de l'axolotl. P. Blanchon -- La nuit Jetée, Edit. Comp'act.