Longtemps les paysages premiers de notre enfance donnent corps aux mots des livres. Vous habillez les histoires des lieux que vous connaissez, vous figurez les choses à l'aide de votre répertoire (Bergounioux l'a certainement dit déjà). Et plus tard vous tordez le cou en direction des choses avec la même prise qu'insinuait ce que vous avez connu d'abord, toujours vous y cherchez ce que vous connaissez déjà, ce qui vous parle un peu de votre énigme. A l'opposé des larges plages océanes, des pays plats aux lagunes herbues, les miennes sont des criques, des calanques épineuses qui se donnent toujours par surprise au détour d'un chemin, entre les pins. A l'image de mon paysage originaire, le monde que je me fabrique est fait de plis, sa géographie est heurtée et suave. Sur des tapis d'épines, les tamaris se cassent la gueule comme les pins tordus au dessus des rochers. Les agaves desséchées lancent des sémaphores. Le bout du monde, je l'ateste, c'est par la route des Goudes, cette avancée pointue et rocailleuse entre les Goudes et Callelongue. Juste en face, l'île Maïre. Parait-il, on y a vu des chèvres ou autres bestioles. Pour l'heure surtout des gabians faméliques et biaiseux comme des brigands. Mais j'en connais d'autres, d'avantage des replis, des fonds de criques par dessous des sentiers abrupts.