« Tout plaquer, partir ». Tu te dis : « tout plaquer, partir », comme on dirait d'une voix désespérée quelque chose dans le genre religieux. Tu réclames. Et peut-être au fond c'est implorer à toi-même un mouvement en dehors de ce qui t'emporte et t'use. Une issue. De l'étendue pour déployer quelque chose en toi de trop longtemps recroquevillé et qui fait mal de cet inconfort prolongé. Quelque chose que t'en peux plus de tenir serré, contraint. Que tu crois que partir permettrait de déployer. Un élan ou quelque chose comme ça. Une partie de toi qui échappe à l'autre dans ce mouvement d'élan, ce mouvement comme on s'extirpe de la masse grouillante, nasse engluante, d'un filet pour respirer à la surface. Il y a un menton tendu haut dans ces paroles-là, même dites au-dedans. Quelque chose de jeté hors de l'ordre, jeté à la vue de tous, sur la place, en la lumière, comme une incongruité. Un truc gênant qu'on voudrait pas voir, parce que ça perturbe, ça fait une rupture dans la musique, ça sort du cadre. Une partie qui n'en peut plus du manque de courage de l'autre, celle qui courbe le dos et tente chaque jour de s'accoutumer, de se conformer, de se lisser les plumes pour nier le frottement. Une partie qui n'en peut plus que l'autre se berce même de ses cris comme si c'était des modulations qui font parti de la grande musique lénifiante et qui attend, qui attend que tout passe, que le temps ait calmé le sang.
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