Comme dirait Vialatte : le paysage remonte à la plus haute Antiquité, et même bien au-delà.jadis, à l'image des gens qui l'ordonnaient, le paysage français était noble, c'est-à-dire essentiellement rural, jalonné de repères du plus bel effet, d'ailleurs très espacés, et d'une signification évidente pour tout le monde, excepté peut-être les idiots de village qui cependant faisaient eux-mêmes partie du paysage.
A gauche, des déserts, des chaos, des gouffres d'une sauvagerie et d'une profondeur dont nous n'avons plus aucune idée, tout cela effroyable et donnant le frisson ; à droite, d'aimables bosquets, des prairies moelleuses, des frais ombrages, des rivières et des sources dont les eaux désaltéraient des bergères, des moutons, des loups volontiers bavards et même sentencieux, des personnages mythologiques et parfois quelques comédiens ambulants. Au milieu, des aqueducs, des châteaux, des temples ou des cathédrales, des villes sagement contenues à l'intérieur de leurs remparts, généralement plantés d'arbre afin que l'on pût commodément s'y promener le soir. Lorsque l'Etat, incarné dans la personne du roi, décidait de grands travaux, le résultat était toujours d'un goût exquis : ainsi le canal du Midi, la corderie de Rochefort, ou les fortifications en étoile déployées par Vauban autour de nombreuses villes exposées à la convoitise de nos ennemis.
La première brèche dans le paysage fut ouverte par le sentiment de la nature, dont l'homme s'était très bien passé jusque-là, ne désirant pas dans l'ensemble en connaitre plus long que ce que donnaient à voir les tableaux du Poussin et quelques lettres choisies de la marquise de Sévigné. (...)