Peu de pièces m'ont marqué, au rez-de-chaussée du bâtiment, sinon la performance de Laura Lima montrant un homme nu, harnaché par de longues lanière élastiques à deux poteaux de soutènement : on le voit remuer avec lassitude, absurdement sans savoir s'il évoque là une entrave à laquelle il essaie de se défaire ou une grotesque tentative pour desceller les structures du bâtiment qui l'abrite. Entreprise désespérée de l'art ? De l'homme tentant d'échappe à sa condition ?
Les commentaires que propose l'audio guide, les mêmes que ceux que l'on peut lire gratuitement sur le guide papier, sont parfois désespérant par leur mélange de naïveté pompeuse, flirtant avec le métaphysique. Il faut dire que certaines œuvres paraissent extrêmement pauvres dans leurs formes et les propos : que ce soient les 55 cercueils de Bartelemy Toguo, artiste Camerounais dont j'ai suivi pourtant longtemps le travail après l'avoir découvert à la galerie Villepoix en 2004 : « un ensemble de 55 cercueils qui représentent les 55 pays africains dans la souffrance, dans la pauvreté et avec ses douleurs » ce qui me semble aller un peu vite en besogne. Les peintures de Lynette Yadom-Boakye invitant à nous pencher sur une histoire dont les principaux protagonistes seraient noirs : un homme en t-shirt rayé évoquerait un "Picasso noir", des enfants noirs jouant sur la plage, peut-être un tableau impressionniste de Cassat ou de Boudin si leur entourage avait été plus fourni en personnes "de couleur". Le commentaire nous annonce une peinture raffinée et subtile et nous voilà devant une dizaine de grands tableaux de facture médiocre, d'un réalisme hâtif et entendu. Précisément, il est dit : « à la fois raffinée et provocante (...) d'ne grande intensité psychique ». Le propos, comme dans l'oeuvre de Toguo, reste traité de manière superficielle, sa mise en œuvre peu pertinente. Souvent l'on est un peu déçu par ces œuvres un peu faciles, ne tenant la plus part du temps que sur les séductions du format, de l'apparence ou du discours. Une ou deux autres choses m'ont fait le même effet. Les sculptures d'Erika Verzutti, flirtant parfois avec l'esthétique des années 80, le design d'Ettore Sottsass, parfois avec l'art povera, ou encore avec l'art conceptuel affichent une ligne si décousue que l'on ne sait si elles témoignent d'un peu postmoderne de références, d'une mollesse de caractère ou du plus parfait opportunisme. Et là encore, au lieu de terrible beauté, on pense plutôt à une terrible confusion. Mais je suis un peu sévère, car l'ensemble est inégal et certaines sculptures, individuellement, tiennent bien l'espace.Dans un coin, un personnage en carton pâte, en cage, tenant une boite où est inscrit Hiroshima, fait davantage penser à l'animation populaire des fêtes foraines qu'à une œuvre. Et si dans ce contexte l'œuvre de Michel Huisman serait d'une naïveté touchante qui attendrirait les enfants, elle semble tout à fait incongrue et anecdotique ici. Je passe les vidéos punk de Tracey Rose, contestataires mais qui ne me touchent pas. La pièce de Beckett que l'on connaît mais qui ici s'insère mal dans le parcours. Après cette première salle, à l'organisation éclatée, le silence des Sirènes, œuvre paysage d'Eduardo Basualdo à quelque chose de séduisant : dans une atmosphère crépusculaire, un cratère se remplie progressivement d'une eau couleur d'encre jusqu'à former un bassin glauque, étrange. Bientôt, l'eau animée de mouvements semble se retirer et la forme apparaît vide. Cela n'est pas sans évoquer une respiration ou un de ces mouvements naturel dont on ignore le principe et qui dans leur obscurité nous apparaissent fascinants et terrifiants. La « terrible beauté » que l'on entrevoit ici serait celle du sublime kantien, la beauté de quelque chose qui nous dépasse, nous rend à notre fragile échelle. « Le surplomb audacieux de rocher menaçants... des volcans dans toute leur violence destructrice... », jusqu'au sentiment d'insignifiance qui nous frappe,« comparé à leur force »* . Passe à l'étage.
(à suivre...)