d'un tableau
On dit que sous la voûte étoilée qui surpasse le désert on peut entendre à la nuit le crépitement des rochers que le contraste thermique fend petitement. Et ce crépitement spécial sous le scintillement éloigné des astres soutient une rêverie profonde empreinte de nomadisme, de mémoire, de langage et de temps. L'artiste alors, mi artisan mi chamane, suspendu dans ce vide, considère longuement le vent, les animaux, la fumée échevelée du chanvre et, levant les yeux au ciel, cette harmonie universelle et sans age que Platon nomme musique des sphères . Il voit, et il fait voir. Du moins est-ce une version de l'histoire. Avec Les chants de silex , Gérôme Basserode rend perceptible par un bricolage poétique qui tient tout autant de l'art que de l'expérience scientifique, de la reconstitution anthropologique, les premiers temps industriels de l'homme lorsque celui-ci faisait usage du feu pour fendre et éclater des blocs de pierre dure. Comme dans les nuits désertiques la pierre chante et craque, mais c'est le bruit premier de l'homme industrieux que Basserode réinvente et ce vagabondage mental dans l'espace et le temps, ce nomadisme géopoétique (selon la formule de Kenneth White) en plus d'être intelligent, est tout à fait émouvant. Les Chants de silex comme les Brouillons de l'espace , formes issues des mouvements du cosmos, ou avant, les Mémoires mobiles et les Toupies qui pour Rosenberg disent comme « ce qui semble immobile est en mouvement et ce qui paraît se mouvoir est au repos », les Lunes noires : toujours chez Basserode l'art revêt cette allure humble et grandiose de l'homme occupé à « se faire une idée de ce qui depuis toujours lui échappe ».

Jean Louis Poitevin.

Brouillons d'espace et chants de silex -- Exposition du 8 mars au 26 avril 2008, galerie Martine et Thibault de la Châtre.