Observer et dire
Outre la traduction qui semble n'avoir pas été révisée suffisamment et à laquelle peut-être devons-nous imputer l'approximation du style et la lourdeur des enchaînements, la compilation des récits d'Hans Ulrich Obrist fraîchement parue aux Presses du réel en simultané de l'ouverture de la nouvelle biennale de Lyon dont il est le commissaire principal m'a semblé laborieuse et de peu d'ampleur. J'achevais précédemment quelques écrits de W.C. Williams et cela ne devait être favorable au suivant. En manière de comparaison je pense au journal de Hugo Ball qui, pareillement au microcosme dont il est question dans le livre d'Obrist, nous parle lui aussi d'un lieu étroit et d'une poignée d'hommes. Son témoignage nous transporte et nous émeut, il nous semble pouvoir comprendre un peu par lui la magie immense du monde. Au lieu que ces écrits de commissaire me font l'effet d'une mesquinerie et d'une approximation pénible, une manière de vous convaincre d'importance. De focaliser sans doute me fait plus insistant qu'il ne le faudrait et j'exagère peut-être. On va faire cela, ce sera très compliqué, très simple et très intelligent, ça sera génial, personne l'aura fait avant et on écrira de quoi il s'agit, avec la date en bas. Voilà l'impression globale. C'est comme lorsque enfants nous inventions des situations avec trois morceaux de bois, un chiffon, « on dirait que ça serait les méchants et nous on... » à ceci près que ces jeux d'adultes -- inventer des modalités d'exposition- sont nettement moins convaincants, moins charmants, ou que nous avons perdu la « conciliance » nécessaire. Ce qui me gène, je crois, c'est de juger de l'art ou de telle action par système de pertinence (grande ségrégation). L'art ne semble chez lui (dans ses propos) qu'un objet à manipuler des concepts ou des principes, des modalités. Et son intérêt serait celui d'un bricolage plus ou moins savant par lequel le commissaire essaierai de se démarquer constemment (comme on dit au foot ball) de ce qui aura été fait précédemment. On sait comme se poser des questions est une manière aussi parfois d'occulter un réel qui nous excède. Il se peut que l'on soit dans le même fonctionnement de pensée, alors très simple de jouer le même jeu. Si ce n'est pas le cas, plus rien de cela ne tient. «l'impression d'être tombé chez les voisins d'en dessous, disait l'autre.