Lecture
en binôme avec Isabelle Gounod dans sa galerie pendant l'exposition 'suite' de larges extraits
du texte « le livre l'immeuble le tableau »
publié récemment sur publie.net
18h00
galerie Isabelle Gounod
13, rue Chapon 75003 Paris
ci dessous : extraits de la présentation du projet par François Bon et extraits du texte.
« Ce qu'il m'apporte, quand il passe 4 mois dans ce mauvais logement de Montluçon ou Valenciennes, sous prétexte de peindre. Non pas la ville, mais ce qui le traverse, par le dos, pour aller rejoindre la ville. (...)
Pour Jérémy Liron, il y deux autres dimensions.
La première tient à ce que, son diplôme acquis, il a voulu s'accrocher à sa discipline : ça semble facile, quand on se souvient des ateliers de peintre au 19ème siècle. La peinture exige qu'on s'y consacre en entier. Il y a l'équivalent pour l'écriture, d'ailleurs, et pour cela que je suis un peu interloqué de voir que les nouveaux arrivants dans la littérature, si souvent, désormais, gardent leur métier d'origine. Mais les locataires des immeubles que peint Jérémy ne lui achèteraient pas ses toiles, comme Hopper vendait aux bourgeois le tableau de leur villa. Alors, depuis 3 ans, le voilà itinérant, de Valenciennes à Montluçon. Logé précairement, avec des ateliers jeunes publics, il a bénéficié de plusieurs résidences : gloire et honneur à ces villes qui les accueillent, ces jeunes plasticiens, avec 500 euros par mois, une liste d'interventions scolaires et un deux pièces avec Butagaz.
La seconde tient à Internet. D'expo en expo, il grimpe, Liron, même si c'est aussi rude que les hivers à Montluçon. Mais, d'une expo à l'autre, c'est par le blog qu'on le suit au travers des jours. Le blog, c'est de l'écriture : et, le langage mis en réflexion du monde, ça s'appelle littérature.
Qu'est-ce que la littérature version Jérémy Liron ? Je ne sais pas. Ce que je vois, c'est le combat d'un regard et du réel. Et que là, dans cette tension, viennent les livres, viennent les mots. (...)
Et si la leçon, c'était d'y lire le réel comme fiction -- ou bien, que là était la fiction d'aujourd'hui : dans l'expérience même du réel, et ce qu'elle convoque d'imaginaire, ou bien là où elle nous renvoie... »
FB
Samedi, le 17.
La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne
rencontrer pendant des heures personne . (Rilke)
Alors on trace la route, on la vérifie par l'allant qu'elle imprime, en épouse la houle étirée, les bords, les herbes hautes, leur inclinaisons lentes. Trois fois elle semble finir et replonge en se soulevant légèrement. Se dégage à l'oeil dans les cimes l'entonnoir robuste d'un château d'eau, la découpe graphique de ses contours gris.
Partout autour, la liquidité des étendues planes, l'impression de dilatation que la perspective enivre. Livre ou tableau, cette dilatation contenue, comme réactivée continuellement en une oscillation ténue. Un château d'eau fonctionne comme une cathédrale, il humilie dans son ombre tout en aspirant l'âme. Cette singulière volonté a une dimension terrible, implacable et aussi légèrement suspendue. L'espace traversé aspire et déploie et dans ce paysage blanc refluent les bribes de conversations, de réflexions, les images, les projets ; un chantier attaqué de toutes parts. Choses qui n'appartiennent qu'à la route, ne se développent qu'à l'invitation de ce glissement linéaire comme d'autres n'appartiennent qu'à la nuit. N'en restera tout à l'heure qu'un souvenir de plus en plus restauré, de plus en plus opaque à la réalité qui l'avait initié. Tout ça on passera outre.
Mardi, le 8.
Alors qu'à l'habitude j'interrompais nos marches par quelques photos, comme prélever ces impressions fortes que sans expliquer vous laissent certaines stèles -- quand bien même vivraient dedans une bonne centaine de visages laborieux -- je sélectionnais mes immeubles par la personnalité dans l'humble et noble présence de ses traits, la trame constructive à la surface et la distribution de ses cavités et balcons, le jeu des lumières et des ombres, l'élan que ça peut avoir fondu en haut dans le blanc du ciel. On en discutait : ces jeux de volumes dans la lumière (Le Corbusier), cette géométrie sous-jacente, combinaisons de teintes et de textures, aplats et lignes, caractère graphique, on parlait aussi de ce qu'était la peinture et ça se confondait.
Merci à François Bon pour quantité de choses, aux éditions publie.net et ceux qui les font, à Isabelle Gounod d'avoir bien voulu se prêter au jeu quand ce n'était qu'une idée dans un trajet camion entre Paris et Lyon. Merci à ceux qui relaieront l'info et viendront samedi.