Gregor Schneider, süsser duft
C'est comme écrire un texte. Entrer dans une phrase et le travail pour en sortir. On en suit le développement, on en mesure les inflexions et comme en un dialogue fictif , chaque geste est répondre soi même à une série de questions que l'on se pose. Ca échappe et ça revient dans un mouvement de révélation syncopée, à la manière d'une reflet dans une facette qu'on pivote. Et puis parvient dans le pavillon de nos yeux l'écho d'une mot qu'on n'a pas lancé. Est-ce que l'imagination peut elle-même provoquer sa propre surprise, se déstabiliser, se prendre à rebours ? Comme la présence d'un autre appelé par la curiosité du dialogue que nous tenions tout seul. Constatation euphorisante, on n'est plus tout seul, c'est un peu tomber amoureux à chaque fois.

Taine raconte l'histoire d'un homme qui, traité cinq jours au cours d'une maladie par diète, suit de son lit les démarches mystérieuses d'une créature issue de ses rêves, assise près de lui dans la pose du tireur d'épine, créature des plus gracieuses et dont la main parfaite, posée sur la couverture à trente centimètres des yeux de l'observateur, ne se dérobe pas lorsque, avec d'infinies précautions, celui-ci va pour la saisir. « ô surprise ! il la sent bien telle qu'il la voit ; il étend tous ses doigts et les passent légèrement sur le dos de la main magique, dont les contours, la résistance flexible et ferme, le peau fine et tiède répondent fidèlement à l'illusion de la vue. Alors, de sa main dépliée, il embrasse pleinement cette main plus petite, il la sent dans la sienne, il palpe ces doigts, ce pouce, ces tendons, recouverts d'une peau souple, halitueuse et douce ; il arrive au poignet, mince et bien pris ; il sent parfaitement la tête du radius et cherche le pouls ; mais alors la figure à laquelle appartient cette main chimérique lui dit d'une voix fraîche, enfantine et souriante, mais sans relever la tête : « je ne suis pas malade.»