Montluçon 9
Un grand parallélépipède d'où sortent quelques tuyaux, moitié peint jaune et flanqué d'une enseigne. Ceux qui se déduisent tout autour en sont des variations semblables qui prennent la lumière. Eux aussi : une face éclairée et le coté long dans l'ombre. Les voitures qui circulent régulièrement de loin font, comme un automate, un défilé sans passions ; derrière un peu de brume et quelques maisons brunes groupées devant des champs cernés d'arbres fuligineux. Derrière encore, la ligné déchirée d'un ciel pâle dont j'appris très tôt par un peintre qu'à l'azur dégradé il faut mettre du rouge quand on approche la terre sur l'horizon. Les immeubles tout proches ne font que cinq étages ce qui en fait des cubes. Le soubassement comme le dernier étage sont brique ou sienne brûlée alors que le reste bleu clair --le fut-- est rayé de gris à chaque palier par de longue bandes horizontales. D'ici on voit les toits terrasses recouverts de gravier gris, des cheminées qui émergent, quelques équipements et leurs ombres portées qui donnent à ces petits volumes plantés dans la terrasse une présence spéciale, magistrale si on veut, qui rappelle Chirico. Comme l'air est glacé et tout est immobile (les voitures de loin semblent aller lentement comme les mouches à la vitre engourdies pas le froid), le temps semble à peu près gelé. Sauf quelques fumées, d'ici plutôt des brumes, qui, faméliques, échappent de quelques toits.