correspondances
On ne se défait que rarement, à ne pas se mentir, des expédients qui occupent dans leur approximation, faute de trouver mieux, les jugements empressés que nous émettons et déterminent dès lors la nature débile de notre rapport aux choses. Ce sont en vérité attractions continues. Sans cet accès de paresse d'esprit, si nous osons nous démunir un instant, la parole se dissipe dans l'instabilité d'une inquisition naïve, un mouvement de la face, une onomatopée, un suspend. Dans cette histoire, les Tableaux Photographiques de Jean-Marc Bustamante constituent un exemple propice de ce qui a été pour moi une donnée insistante . Au bout de la stabilité constatée de ces objets pointe comme en un vis-à-vis une naïveté infantile de l'ordre de l'élocution lorsqu'elle se résume à désigner. Un doigt pointe : ça . L'objet fait valoir ce que Barthes nommes « la pression de l'indicible qui veut se dire » et nous rappelle comme historiquement le paysage est apparié à la vedutta . Dès lors persiste un décalage de l'ordre de l'infra mince entre cette constatation exorbitante et la nécessaire attaque de biais de la réalité, notre essentiel retard sur les choses identifié par Bergson sous le nom de souvenir du présent . (Lorsque apparaît comme dans une brèche l'impression d'un déjà vu.) Il y a dans les Tableaux Photographiques (certains y réussissent mieux que d'autres) cette inattention à la vie, ce point énigmatique d'inactualité dont la photographie exprime la nécessaire infra mince nostalgie, et ce, combiné à l'évidence effrontée de ce que l'action, même la plus tactile, est exclusive . C'est là en train d'avoir été, muet à la hauteur de cet irrévélé manifeste, cette présence/absence qui fait l'attrait et la fascination des Sirènes (Blanchot) ce qui est donné à voir, plus un petit décalage.

Personne avec toi n'est entré? -Personne que ma chevelure.

L'art à de ces piétinements auxquels je ne demeure, pas plus qu'un autre, étranger.

St Paul Roux, les deux serpents.