La chute des étoiles au grand palais. C'est d'abord l'ampleur des moyens, la monumentalité revendiquée, qui nous place en spectateur dominé, dépassé par une nature énorme issue d'un bras vigoureux. Sous la voûte vitrée, c'est un jeux de construction hors d'échelle. 6 cubes revêtus d'un bardage ondulé, deux édifices de béton. Des maisons, des cathédrales à l'allure de blockhaus, de ruines. Quand on sait la précision maniériste de ses compositions, quelque chose nous déçois dans les rapports des vides et la disposition de tout ce matériel -- immense mais néanmoins pausé en dessous de la voûte. L'effondrement au sol de gravas de ciment paraît sans forme et sans puissance, presque maniéré, et tant d'horizontalité semble un renoncement face au déploiement en hauteur que les lieux semblent intimer. On apprend par la suite que c'est un caprice de dernière minute, expédient de dépit qui justifie ce tas, résultat amorphe de la destruction d'une tour vertigineuse, que l'on aurait souhaité voir, qui aurait incarné ce pivot spatial et ce défit au lieu. La chute de ce minaret ou cette Babel qui aurait planté une amorce de ville, un peu de l'histoire de l'humanité, nous laisse face à des décombres encombrés de pathos. On connaît le travail de Kiefer et on connaît ses thèmes récurrents, les affinités qui se tressent entre les matériaux. Il ne s'agira pas de découvrir des éclosions dans ce magma qu'on connaît, ainsi le parti pris de l'exposition est d'offrir des entrées, habiter les maisons par des thèmes qui insistent sur des aspects de la mythologie de l'artiste. On retrouvera les herbiers occupant des pans de murs dans une classification plus sensible que scientifique, bien que la poétique de Kiefer soit précisément la combinaison des cultures de toutes sortes. Les cabanes de béton, sortes de memoriums aux activités primitives de l'homme, l' « habiter ». La bibliothèque de livres en plomb hérissée d'éclats de vitres, les vastes perspectives de paysages romantiques, les navires de plomb et autres figures géométriques de la mélancolie. La carte des étoiles. La critique est toujours la même, cette maîtrise épanchée de la composition classique, dans grandes impressions, de la générosité de la matière, le mélange des signes au symbolisme simple, les grandes ficelles des grands sentiments. Néanmoins il le fait, ce mélange ancestral, s'il se laisse aller vers ces pentes mélancoliques c'est avec la conviction profonde du primitif et le regard distant de l'homme des lumières. La forme est maîtrisée, singulière, et sa carte du ciel mélange la contemplation du monde aux dessins qu'on y appose. Au plaisir des histoires et des mythes, aux charmes de la poésie, il sait -et ce n'est pas rien- ajouter le rêve contemplatif, l'esthétique de la science et la naïveté. Face à ce grand pan de plomb et de peinture, dans cette cartographie appliquée aussi rationnelle que naïve, c'est un peu la poésie de notre rapport au monde, de l'histoire de l'homme que l'on voit.
- Paysages
- In Situ & Commandes publiques
- Petits Paysages
- Tentatives d'épuisement
- Images inquiètes
- Archives du désastre
- Papiers
- Caro
- Sculptures
- Habiter
- Peintures confinées
- Agaves
- Architecture
- citation
- Cyprès
- Falaises
- Fenêtre
- Figuier de barbarie
- Figuiers
- Grille
- Le Corbusier
- Malaparte
- Mer
- Mur
- Ombres
- Pins
- Plantes
- rose
- Sculpture
- Terrasse
- Polyptyque