Taine raconte l'histoire d'un homme qui, traité cinq jours au cours d'une maladie par diète, suit de son lit les démarches mystérieuses d'une créature issue de ses rêves, assise près de lui dans la pose du tireur d'épine, créature des plus gracieuses et dont la main parfaite, posée sur la couverture à trente centimètres des yeux de l'observateur, ne se dérobe pas lorsque, avec d'infinies précautions, celui-ci va pour la saisir. « ô surprise ! il la sent bien telle qu'il la voit ; il étend tous ses doigts et les passent légèrement sur le dos de la main magique, dont les contours, la résistance flexible et ferme, le peau fine et tiède répondent fidèlement à l'illusion de la vue. Alors, de sa main dépliée, il embrasse pleinement cette main plus petite, il la sent dans la sienne, il palpe ces doigts, ce pouce, ces tendons, recouverts d'une peau souple, halitueuse et douce ; il arrive au poignet, mince et bien pris ; il sent parfaitement la tête du radius et cherche le pouls ; mais alors la figure à laquelle appartient cette main chimérique lui dit d'une voix fraîche, enfantine et souriante, mais sans relever la tête : « je ne suis pas malade.»