de routine
Je n'ai pas dit la stupeur du paysage inerte, les choses comme engourdies, abruties de lassitude. Constatez par la fenêtre : lieux immuables sous un ciel immuable. Comment pourrait-on dire les choses là? La qualité du regard que vous posez sur elles, leur façon de faire bloc tout en étant mal établies dans leur importance. Tout à la fois dures dans la vue que vous vous faites d'elles et fondues dans les mouvements du monde -- qui sont comme une houle. Le regard pointu que vous posez sur elles quand les regarder est se laisser flotter sans langage et sans direction qui en justifierait un. C'est là et c'est pas là, et sans doute pour cela appelle à la contemplation. Pour peu que vous les photographiiez, les choses, ceux qui passent vous regardent puis regardent face à vous comme ils regarderaient le vide.

Et puis ce taxi, porte ouverte sur laquelle s'équilibre une femme à la jupe courte, aux hanches hautes. Derrière le muret, des gens pressés en groupe. Une image de cinéma, j'ai pensé. Scène anodine portée par un bricolage énigmatique qui lui donne de l'ampleur, la possibilité d'une histoire. Je me dis que le cinéma a été inventé pour mettre quelque part ces moments. Il en a fait l'exploitation. Je continue et l'image a glissé dans son mythe.