C'est souvent cette impression de se maintenir péniblement par mille petites réflexions qui vous fragmentent. Accroché à quelque chose qui semble s'étendre sur une surface considérable, répétée de petites attentions semblables qui s'agitent confusément. Une risée sur la mer. Dissipé à soi, on est. L'existence là dedans passe comme dérivent quelques lourds nuages glissant leurs ombres sur les reliefs. On regarde. Quitter la ville dans cette demi teinte, la ville qui s'étend depuis soi, que l'on marche du dedans et qui semble déjà distante. Comme si s'échevelaient les quelques accroches qui vous constituent habitant, tout ce qui se dresse autour de soi prend alors la teinte incertaine de cotes indécises. On ne sais pas bien de soi ou du monde, lequel glisse sur son erre vers une approximation de contour, un doute , une indétermination, ni par quel phénomène tout rêve prend immédiatement la teinte du souvenir. Sauf qu'on emmagasinerait tout d'abord et marcherait dedans ensuite, comme de découvrir d'un coup, emmêlées, les pièces d'un mécano acquis distraitement au préalable. Quelque chose de cet ordre. Toujours est-il que la vie quand on s'y accroche ressemble à avancer à l'envers sur un tapis roulant. Comme l'horizon vers lequel on marche et qui semble devoir constamment se dérober, on peut dire que l'on s'approche des choses et que la distance demeure. Les choses qui ne semblent qu'exister à peine, mais avec obsession. Le regard paraît se coller aux vitres en images aveuglantes, photographies. De l'insistance avec laquelle tout ça se déploie durablement, tout en surface, émane une évidence isolée qui effraie un peu. J'en suis là, à peu près.