Fatigue
Laurent Grasso, Sans titre , 2003-2005. Vidéo couleur sonore support dvd. 3 minutes en boucle. visible lors de l'exposition Notre Histoire au Palais de Tokyo début 2006. Galerie Chez Valentin.
Chaque année qui passe ajoute en couche évidente le poids comme récapitulé des fatigues. Je pense incidemment à cette vidéo de Laurent Grasso, nuage épais semblant nous poursuive à travers les rues comme une menace. Version horizontale et comme inversée de Sisyphe où il ne s'agirait plus de pousser inlassablement une charge mais de lui échapper sans cesse et sans repos. Je pense alors aux plus dures performances physiques de Vito Acconci dans les année 70, empêcher de fermer les yeux, empêcher de dormir. Pensées étranges, lassitude incongrue puisqu'elle m'écrase alors que je devrais être allégé par les réussites successives de deux résidences d'artistes, du concours du capes puis de l'agrégation, puis d'une troisième résidence, par ces multiples projets d'édition et d'expositions sérieuses cette année comme pour l'année qui vient. Puisque c'est bien ça que l'on cherche, ce après quoi l'on court avec passion. Assurément je pourrais mieux m'égayer si je n'étais pas si fatigué par l'épopée de deux ans qui aura porté ces fruits et par ce qui se profile sans doute plus dur encore pour l'année qui vient. De me démultiplier en étoile vers des projets multiples m'a laissé coquille vide. C'est vraiment se brûler que de toucher les choses par trop de surface à la fois. Ces trois derniers mois à cumuler résidence à Valenciennes, épreuves à Amiens puis à Bordeaux, 11 tableaux, 8 papiers, quelques sculptures, 4 articles, une soixantaine de textes comme écouter les bruits du monde. 30 livres. Et quand les résultats tombent, occupé à déménager, envisager ces blocs denses que j'accumule sur les jours à venir, constater l'encombrement serré des prochains moins, l'absence de parcelles de repos ou de respiration. Parce que chaque année semble nous mener vers pire, où le jeux dans les rouages se fait plus serré et la trace de votre empressement, de vos efforts, réclame en retour de vous un mouvement constant, sans sursis. Et si je voulais témoigner exactement de l'aventure que c'est d'être artiste, il me faut même succinctement évoquer cette fatigue là alors qu'une exigence vous pousse à garder vis à vis de votre travail la même implication énorme.

Laurent Grasso, Sans titre , 2003-2005. Vidéo couleur sonore support dvd. 3 minutes en boucle. visible lors de l'exposition Notre Histoire au Palais de Tokyo début 2006. Galerie Chez Valentin.