Such stuff as dreams are made of
Nous voyons par intermittence, c'est un fait. Encore accusons-nous, même en ces moments d'acuité, l'approximation du sac dont nous sommes faits, les limites du tégument. André Breton a une formule qui rejoint ce point et comme les bornes nous contraignent aux emmanchures, encore nous ferait-elle faire un raccourcit abrupte. Que ce soit par le langage ou par le regard qui n'est autre que la parole des yeux, nous sommes sur l'étendue comme rochers frustes de peu d'envergure. Au service de l'impression générale si l'on veut, et de près, insuffisants et sans commune mesure avec la surface étale et animée du panorama.

Et c'est cette sorte de réflexions confuses qui venaient quand j'essayais de regarder les Nymphéas de Monet et qu'ils m'imposaient que seulement je les voie. Que chaque contact à la toile demande l'éloignement. Car s'il est des tableaux qui demandent à être vus de près car leur sujet n'est que prétexte, d'autres qui jouent la réticence comme c'est le cas de ceux d'Eugène Leroy, les Nymphéas de Monet --comme nombreux Vélasquez- demandent à faire distance d'avec le détail pictural à la faveur d'une impression générale, globale, appréhensive.

Du détail, nous faisons vite le tour : quelques couleurs mates quelques gestes repérables dont on ne peut que s'étonner de la présence là où tout à l'heure, à distance, nous voyons précisément les reflets délicats d'une corolle sur l'eau. Partout ce même traitement homogène, systématique, comme éléments épars attendant d'être liés par l'œil. Simulacre, nous ne voyons pas le tableau mais l'image que celui-ci nous invite à voir par l'approximation de notre œil et les inclinaisons de notre mémoire. De l'ensemble elliptique, les courbes ont la teneur des voiles de Maya... Such stuff as dreams are made of.