Une vision du monde
Dans les flux de la foule la dérive est une catalepsie. Le flâneur y trouve l'occasion de combler son moi insatiable de non moi. Y expérimente dans les pas de Baudelaire la dépersonnalisation. Reviens ce passage du roman autoroute de François Bon : Même immobile c'est un voyage. Ca vous est arrivé, prendre un escalier roulant ou un tapis mécanique qui devrait marcher et qui est arrêté ? On a l'impression que ça avance quand même.

J'ai été content de retourner à la maison rouge, entendre Antoine de Galbert, sympathique et lucide bonhomme ; en invité. C'est un lieu singulier qui, à l'image de la figure du collectionneur, respire le sérieux que les enfants ont au jeu, un caractère à la fois chimérique (frivole?) et exact.

25 vidéos, c'est énorme. Je n'ai pas tenu les 5 heures nécessaire pour les voir toutes avec l'attention qu'il faudrait. Je m'arrêtais tout d'abord sur celle de Rachel Reupke--infrastructure-- dont certains plans m'ont rappelé les films de Aoyama Shinji, les reliefs aux contrastes durs, le lent mouvement d'avions sur le tarmac ou la reptation serpentine d'une autoroute. Confrontation émouvante d'une double occurrence du sublime kantien, (ce plaisir mêlé de douleur, sorte d'aspiration vers cet infini que l'esprit ne peut embrasser tout entier) dans ces paysages de grande ampleur, dans ces activités humaines collectives. M'ont gênés cependant les anecdotes a mon sens superflues, et la bande son que j'aurai évacuée au profit d'un grand silence ou de quelques notes subtiles égrainées à la manière de Gerry (Gus Van Sant). Sans ça j'aurai été subjugué.

Je me faisais la réflexion : je ne suis pas disponible pour ce qui demande à m'accaparer, tandis que s'infusait le charme de la compagne racontant. Par dessus mon épaule une image m'a accompagnée : la danse de la méduse. (Valéry) Va savoir pourquoi.

J'ai apprécié Kaimietis de Deimantas Narkevicius, les pages d'un journal à la Chris Marker, quelques plans parfaits, sans misérabilisme ni complaisance, à fleur de peau, un incongru désenchanté. Des plans filmiques, là où la vidéo dépasse les caractères de son médium pour flirter avec les longues longitudes de certains cinémas. J'ai pensé alors à quelques séquences de l'usine, les fumées, dans Il Deserto rosso. C'est seulement en ces occurences, lorsque le politique n'est pas trop frontal qu'il est le plus pertinent. Dégagé de la métaphore, l'expression s'inscrit dans les virages de la routine du monde, là où tenter une alternance dont aucun des termes ne peut valoir par lui seul. Viendrait seulement par bribes, ébauchée souterraine traversant seulement ponctuellement la surfface visible.

On est arrêté et pourtant on croit avancer.

Merci à Marc et à Antoine de Galbert. Photo: Marc Domage. La maison rouge.

5 Commentaires

1. Thierry Kron Traube sur 10/03/2006 à 23:35
« On est arrêter, et pourtant on croit avancer », donc à l'envers de ce qu'est la vie, on croit être arrêter, la vie nous arrête entre ces deux néants que sont l'avant et après la vie et pourtant l'on avance inexorablement vers le néant: « on croit être arrêter et pourtant on avance ». Hors-propos: je viens de vous lire sur LR, pas facile de vous comprendre, ni mon commentaire non plus, qui répondait à Alex.Ici vôtre texte, auquel en bas de page, je mets ce commentaire, est très beau, mais comme une peinture presque monochrome, il faut travailler pour y voir tout un paysage, y mettre de soi... pourquoi d'ailleurs ce qui est artistique devrait être clair comme de l'au de roche ?Pourquoi écrivez-vous comme on peint, et pourtant peignez encore comme on construit des phrases, avec des mots et des images encore bien figuratifs ? Aujourd'hui au Kunstmuseum de Winterthur, dans une salle ou sont Kandinsky, Jawlensky et d'autres encore entre figuratif et abstraction, avant dans une salle ou étaient des post-impressionnistes, arrivé vers l'Art abstrait, quelque fois géométriques, je me suis laissé pensé que si la Couleur n'est pas au rendez-vous du vraiment beau, je trouve que la peinture balbutiant vers l'abstrait, est a little bit boring ! Toujours hors-propos, mais je sais que Claude Clovsky fut vôtre Maître, pourquoi cette hargne à son égard, parmi des gens que je rencontre sur les Blogs, parmi des gens avec qui je parle, les Français détestent-ils le succès ? Ils me semblent que pour eux le succès officialisé est toujours un peu suspect !Finalement comme le disait Bertrand Lavier: « on s'en fout, on travaille pour être comprit par ses pairs ! »
2. pop corn sur 11/03/2006 à 11:23
Je ne suis pas souvent séduit par les formes littéraires usuelles communes et proposer un blog avec un style était proposer une alternative à ça avec un systhème de pensée moins linéaire, plus subtile. Que l'écrit prenne un peu la forme de ce qu'il décrit. Faukner ou l'alternative au sujet+verbe+complément. Pas tout le monde na va comprendre en effet mais ceux qui comprennent éprouve une conivence de pensée plus forte. Je suis malgré tout toujours étonné que des gens ne comprennent pas. Lisant les commentaires de Traube, LR, vertigone, claire ou les autres il me semble que c'est compréhensible. J'en fais l'expérience chaque jour, les auteurs que j'apprécie laissent d'autres dubitatifs. Heureusemnt, certains individus me soutiennent et redonnent confiance. Je ne suis pas pour niveler par le bas. La phrase de Lavier, j'y sourscris avec toujours un peu l'espoir d'éduquer le regard et la réflexion de l'autre et suis heureux d'y parvenir même avec une personne par an qui finira par s'ouvrir.Je n'ai personnellement rien contre Closky et sa démarche me semble pertinente, seulement vous dites vrai, reigne encore en france une image romantique du peintre maudit qui rend chaque artiste à succès suspect. Peut-être encore, ceux qui ne comprennent pas et condamnent voudraient voir tout le monde autour faire comme eux.
3. Anonymous sur 11/03/2006 à 22:45
Certains pensent que closky est « l'art de demain » ; d'autres le regrette...Est-ce rétrograde que de vouloir à l'art un objet, à la peinture un corps ?Peut-être...Mais quelle tristesse de donner ce corps a des statistiques...Peut-être le monde est-il ainsi, mais qui dit que le monde doit être tout entier en l'art ?Pourquoi ouvrir les portes de ce qui m'apparaît comme notre dernier refuge...Un espace de poésie et d'imaginaire est-il vraiment superflu aujoud'hui ?Peut-être que ce que l'on (je) n'aime pas chez closky, c'est moins sa réussite que son modernisme sans poésie...J'aime son humour, dans certaines pièces « web » ; je n'aime pas quand il matérailise ces piéces, se mordant sa petite queue (pardon... je n'ai pas pu...).
4. cigalll sur 11/03/2006 à 22:47
(cigalll, pas anonyme...)
5. claire sur 10/04/2006 à 13:33
J'aime beaucoup le style de votre blog, il est poétique plus que littéraire et je rejoins traube quand il dit que vous écrivez comme on peint. Et j'ai peur que mes mots lourds et plats ne viennent entacher la qualité de ce blog. Je suis trop bavarde, je ne sélectionne pas.Merci pour votre commentaire sur mon blog. Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi, j'étais à la maison rouge en tant que chroniqueuse pour neutral art.à bientôt p-ê à l'ouverture du musée du quai branly