Les choses ne s'arrangent pas
Ou bien on ajourne

continuellement

la livraison en une forme bornée d'un texte que l'on voudrait définitif.

(Et l'objet demeure en instance jusqu'à ce que lassitude ou sagesse acquise en donne une version acceptable, complète, qui donne enfin issus à des velléités étouffées

longtemps.)

Ou bien on se jette avec précipitation

et

à diverses reprises,

de façon inlassablement répétée dans d'improbables fragments disjoints, cor

rompus

d'un même ouvrage

avec l'ambition de capturer comme un détail en un filet,

une particule

indissociable

de l'instant,

de la maladresse

du moment.

Un peu de la géographie du terrain de bataille qui emprunte à la réalité sa langue précaire.

L'incapacité comme atavique d'atteindre une pleine maturité littéraire avant un certain moment passé à y tendre, se manifeste soit par une rémission momentanée, un temps de réflexion consenti, soit par les assauts répétés de fragments témoignant par leur multitude de leur incapacité à rien cerner. Une nécessité d'expression cependant invite à se lancer dans l'aventure.

On s'y lançait sans méthode

(ce qui aurait été conformément à son étymologie un détour,

aurait nécessité une pause dans l'action,

un recul, une temporisation des événements.)

Pause qui ne nous était pas permise car il fallait y aller,

dans l'instant, sous peine que les choses nous échappent peut-être irrémédiablement.

Sans détour, donc ; souvent sans réfléchir, ce qui aurait été,

se tourner vers, déplacer l'attention de l'objet initial

ce qui,

dans l'emportement, n'était pas possible.

C'est ainsi qu'il nous a semblé créer des mires ;

objet ambigu qui désigne la focalisation du regard sur un point précis

ainsi que l'aspect -comme chimérique- des choses reflétées, c'est-à-dire

déjà déplacées.