Il m'est souvent apparu que le paysage, délaissant son rôle ordinaire de décor de fond, vienne au devant de nous se signifier ou se révéler comme le sujet même alors que nous n'étions que silhouettes transitoires. Impression que les photographies anciennes, si longues à capturer l'image des choses, mettaient en évidence ne laissant voir des passants que nous sommes que quelques silhouettes fantomatiques tandis que la ville derrière affirmait la compacité de ses volumes et ses ombres. Dans ces instants, le paysage est semblable aux œuvres d'art qui nous accompagnent, nous épaulent et nous survivent semblant abolir l'espace et le temps dans une immobilité pleine d'indifférence.
Pour cette exposition, j'ai voulu dresser de part et d'autres, sous la grande verrière, deux toiles, imperturbables au tumulte et à la foule, en dialogue comme pourraient l'être deux menhirs ou deux colosses de l'île de Pâques, comme deux cyclopes se renvoyant l'image retournée d'un fragment du monde quelque soit leur éloignement dans l'espace et le temps, deux présences robustes.