François Bon, en vigile: « Beaucoup les jalousaient. Ils ne dépendaient de personne : ils intervenaient sur le réseau avec des images, des enregistrements sonores, leurs déplacements au jour le jour. Ils imposaient des auteurs qu'on n'aurait jamais lus sinon, on aurait dit que les plus vieux empires de la presse pourraient partir au vent tant, où qu'on aille, les usages du réseau servaient au plus élémentaire de la vie quotidienne. Depuis les lieux de travail, ou dans les gares, et bien sûr même chez soi chacun sa machine, les blogs étaient devenus le premier partage.
Eux, les blogueurs, ils l'avaient compris en avance. On y avait vu une instance de plaisir, ou d'insolence, ou simplement le goût d'une certaine critique, d'expérimenter images ou découvertes, une façon évidemment neuve de dévoiler son atelier. On avait compris bien tard comment ils s'entraidaient, renvoyaient de l'un chez l'autre, et s'étaient eux-mêmes pris au piège de contenus devenus une finalité : ils ne cherchaient même plus à publier de livres, ni d'articles -- leur blog leur suffisait.
Et cela devenait effectivement pour certains un univers, avec des rubriques, des catégories, des réserves plus ou moins accessibles, ou carrément dissimulées. Quand on s'aventurait dans ces galeries qu'ils avaient fini, à l'ancienneté, par constituer, on retrouvait des personnages, des paysages, des fictions, bref, l'illusion d'un monde. » -la suite-